Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Réflexions d’un citoyen du «nouveau monde»

Par Salim F. DAHDAH Il est triste et aberrant qu’à l’aube du troisième millénaire, au moment où, dans le cadre d’une mission groupant la Nasa, l’Esa et l’Asi, la sonde européenne Huygens atterrit sur Titan après sept ans de vol spatial, à un milliard cinq cents millions de kilomètres de notre Terre, avec une précision étonnante, nous en soyons encore au Liban à nous poser des questions métaphysiques et existentielles, relatives à notre identité nationale, notre appartenance régionale et notre survie internationale, et à lutter pour vivre librement nos convictions politiques et religieuses. Plus frustrant encore est le fait que nous soyons obligés, pour exister, de nous conformer aux choix et aux desiderata des plus puissants, fussent-ils petits ou grands décideurs, sans quoi nous nous verrions jetés dans les oubliettes de l’histoire, avec, pour comble de cynisme, la kyrielle d’obligations que la rhétorique mondialiste et globaliste ne cesse d’asséner et de marteler à l’adresse des États les plus faibles et les plus démunis, telles que le respect de la démocratie, des droits de l’homme, de la justice, de l’égalité sociale, des libertés publiques et individuelles, etc., alors qu’eux-mêmes ne sont pas aussi stricts et aussi consciencieux dans la gestion de leurs propres affaires intérieures, et qui plus est, n’hésitent pas à utiliser souvent des moyens critiquables à tout égard pour atteindre leurs objectifs, allant jusqu’à fouler aux pieds, au gré de leurs intérêts, les principes sacrés et fondamentaux qui sont censés régir la vie des hommes et des nations. Mais comment alors, dans cette conjoncture et ce nouvel ordre mondial, des petits États peuvent-ils perdurer, surtout quand la pratique de la gestion du monde est régulièrement contredite par la réalité sur le terrain ? Comment peut-on exiger d’eux d’être à la fois saints et diables ? Est-ce que le monde se trouve aujourd’hui confronté à une réévalution profonde de tous les schèmes qui ont guidé ses orientations essentielles ? Est-ce que la globalisation, qui représente une nouvelle donne stratégique, sonne le glas d’une gestion politique de l’État et la remplace par celle d’une gestion à prédominance économique ? Si tel est le cas, ne faudrait-il pas que les structures existantes actuelles soient modifiées en conséquence pour les rendre compatibles avec cette nouvelle configuration ? Pour répondre à ces interrogations, nous nous devons de constater que le déroulement des actions et des réaction, dû au phénomène de globalisation, crée, par son fonctionnement interactif, une chaîne rapide d’effets et de contre-effets s’étalant, non seulement verticalement, mais aussi horizontalement, touchant à leur passage les objectifs poursuivis mais aussi bien d’autres, occasionnant ainsi des vagues énormes qui pourraient avoir des répercussions inattendues, voire même mortelles, sur des économies faibles et peu structurées. La globalisation se comporte donc comme le tsunami : n’y survivront que les États qui se seront pourvus de structures de détection précoces et de replis rapides et résistants. Face à cette image quelque peu apocalyptique et inquiétante, n’est-il pas sage de rechercher à travers l’histoire et la mémoire des hommes des solutions pragmatiques pour se dégager de cet enlisement et du désarroi dans lequel baignent les citoyens du monde depuis la fin du second millénaire ? Plus perturbant que le spleen de Baudelaire ou le stress des grandes métropoles, nous vivons la fin d’une époque et la mort d’un rêve, plus encore l’angoisse de l’inconnu et l’inquiétude du lendemain ! Qu’attendons-nous encore pour sortir de cette léthargie enveloppante et suicidaire qui paralyse les nations faibles et vulnérables, et qui inquiète, à un degré moindre, les plus grandes mais non les plus puissantes ? Pourquoi ne pas agir en créant ou en participant à une chaîne de solidarité et d’entraide à plusieurs niveaux pour conserver les acquis du présent et établir des sessions de formation et d’apprentissage pour les forces économiques vives, afin qu’elles affrontent les nouveaux défis avec intelligence, souplesse, rigueur et efficacité ? Pourquoi ne pas transformer nos faiblesses anciennes en forces nouvelles ? Pourquoi ne pas adopter au niveau de notre stratégie nationale une problématique à plusieurs équations, multiple et globaliste, plutôt que celle unitaire et exclusive pratiquée à ce jour ? Toutes ces suggestions n’ont d’autre but que d’éviter d’être engloutis par le mouvement irréversible de la globalisation et d’accéder au rang de citoyens du nouveau monde, où nous pourrons nous prévaloir d’un rôle à jouer plutôt que d’avoir uniquement à subir les aléas dus à notre absence et à notre ignorance des nouveaux critères de fonctionnement du marché international. Mais pour réussir cette conversion sur un plan national, il y a des règles incontournables que nous nous devons d’appliquer immédiatement, à savoir l’obligation d’être, avant tout, des citoyens sans failles et sans reproches de notre pays, car il ne peut y avoir de grandes ambitions et de grandes réussites sans une solidarité et un attachement, sans équivoque, aux racines profondes qui nous ont portés et accompagnés à travers notre milieu originel. C’est pourquoi chaque citoyen et chaque formation politique se doivent de respecter des lignes rouges, dont essentiellement l’intangibilité de l’identité nationale et sa protection contre tous ses détracteurs et ceux qui cherchent à en diluer son essence, ses origines historiques et son tissu socioculturel, pluraliste et libéral, qui le différencie de tout son environnement régional et en fait sa richesse, son originalité, voire un modèle constitutionnel unique. Mais cette obligation de résultat ne pourra être réalisée que lorsque toutes les tranches de la population prendront conscience de leur devoir sacré d’assumer, sans aucune réserve, et de défendre, quel que soit le prix, l’indépendance, la souveraineté et la liberté de la nation. C’est à partir de cette volonté, et seulement alors, que tous ensemble, nous pourrons nous engager sereinement et avec maturité, loin des petites surenchères et des vils bazars, sur la voie du renouveau et de la globalisation. C’est dans le dialogue et la tolérance réciproque que nos chemins s’entrecroiseront et nos intérêts se fonderont, que nous serons à même d’affronter les secousses du monde moderne et que nos choix stratégiques ne risqueront plus de se trouver en contradiction avec notre appartenance nationale. C’est alors que la globalisation, au lieu d’être un handicap pour nos petites structures et nos démographies limitées, deviendra un avantage et peut-être aussi un facteur d’une plus grande stabilité et d’une meilleure compatibilité avec les nouvelles normes mondiales ; elle pourra leur assurer un poumon de respiration économique, et une garantie d’existence et de survie dans leur milieu naturel et géographique. Il faudra, en conclusion, que toutes les composantes de la mosaïque nationale analysent, avec objectivité, tous les événements qui ont accompagné les tranches de l’histoire de la Première et de la Seconde République à nos jours, et tirent les conclusions nécessaires pour assurer leur survie hors des sentiers tordus de la politique suivie par les uns et les autres. Il leur faudra constater que l’exclusion ne pourra jamais être pratiquée au sein de cette entité nationale quelles que soient les pressions engagées, et que la politique du vainqueur et du vaincu ne résistera pas longtemps au jeu des nations dans cette région du monde ; c’est pourquoi ceux qui ont misé dessus ou qui pensent pouvoir continuer à le faire commettent une erreur d’appréciation grave et risquent, non seulement de perdre leurs strapontins, mais aussi d’entraîner dans leur chute la crédibilité internationale qu’il faut entretenir et développer pour permettre à l’économie nationale de se stabiliser et d’attirer les investissements locaux et étrangers. C’est donc par une prise de conscience générale et une volonté commune de construire que ce petit pays pourra perdurer et consolider ses racines profondes dans la géopolitique du monde, et que ses citoyens réussiront à vivre en paix et en harmonie dans un espace qui sera un modèle de cohabitation religieux et culturel, refusant inexorablement toutes les formes d’ingérences extérieures, ayant pour effet le démembrement de ce microcosme socioculturel tant souhaité par les uns et appréhendé par les autres.

Par Salim F. DAHDAH

Il est triste et aberrant qu’à l’aube du troisième millénaire, au moment où, dans le cadre d’une mission groupant la Nasa, l’Esa et l’Asi, la sonde européenne Huygens atterrit sur Titan après sept ans de vol spatial, à un milliard cinq cents millions de kilomètres de notre Terre, avec une précision étonnante, nous en soyons encore au Liban à nous poser des questions métaphysiques et existentielles, relatives à notre identité nationale, notre appartenance régionale et notre survie internationale, et à lutter pour vivre librement nos convictions politiques et religieuses. Plus frustrant encore est le fait que nous soyons obligés, pour exister, de nous conformer aux choix et aux desiderata des plus puissants, fussent-ils petits ou grands décideurs, sans quoi nous nous verrions jetés dans...