Peut-on oublier l’affaire MTV, où la justice s’est largement discréditée? Espérons que, dans l’affaire de l’attentat contre le ministre Marwan Hamadé, elle saura redorer son blason, maintenant que l’occasion lui en est offerte.
Un bref rappel de la première affaire:
En 2002, il fut décidé en haut lieu d’en finir avec la station MTV, jugée par le pouvoir comme ayant trop usé de liberté. Le magistrat Labib Zouein fut chargé de la besogne. Le 2 septembre 2002, siégeant inopinément dans son tribunal de juge unique, ayant délibérément omis de convoquer le propriétaire de la station, et sans même en avoir été requis par le ministère public, il ordonne la mise sous scellés de tous les bureaux et de tous les studios de la MTV, avec exécution immédiate, le soir même, jetant dans la rue quatre cent cinquante employés. Le «condamné» alerté accourt et apprend simultanément et le jugement prononcé contre lui et son exécution instantanée. Il en appelle successivement à toutes les instances de recours, mais celles-ci, l’une après l’autre, rejettent toutes les requêtes avec une remarquable uniformité. L’affaire MTV est ainsi entrée dans une peu glorieuse histoire.
Mais aujourd’hui, il y a l’attentat contre le ministre Marwan Hamadé, une personnalité de stature nationale hors pair, une affaire incontournable, où l’ensemble de l’opinion, profondément heurtée par l’horreur du crime, a spontanément pointé le doigt vers «celui à qui cela profite» (selon l’adage célèbre du droit romain: Is fecit cui prodest).
Grand embarras des responsables. Comment faire? Nous sommes le 2 septembre 2004, un film a été pris, qui montre le ministre montant dans sa voiture, laquelle explose immédiatement après; c’était presque un flagrant délit enregistré. L’instruction du forfait devrait donc être facilitée à l’extrême et terminée très rapidement. On a commencé par dire que le film a disparu. Puis, «ils» ont laissé entendre que le film est retrouvé. Autant de raisons pour faire traîner l’instruction (réputée secrète !) en laissant filtrer de vagues nouvelles. La justice, que la mythologie grecque représente en femme tenant une balance et les yeux bandés, semblait avoir perdu sa balance. Un mois passe, puis deux et trois, et nous voici en octobre, au milieu du troisième mois. L’appareil gouvernemental, à toutes ses échelles, est trop occupé par «la 1559» pour suivre un dossier criminel. Mais on ne peut plus traîner, il faut agir.
Finalement, une trouvaille : la Cour de justice. Là, les choses peuvent continuer à traîner. Le gouvernement, dans sa session du 13 octobre, décide donc le transfert à cette haute juridiction de ce très encombrant dossier.
La Cour de justice, aujourd’hui, est officiellement saisie. Pourra-t-elle sauver l’honneur en menant l’affaire Hamadé avec fermeté, en résistant aux desiderata du pouvoir, et sans céder aux célèbres et insupportables lenteurs des tribunaux?
Le pays tout entier, écœuré par le honteux précédent de l’affaire MTV, attend que justice soit enfin rendue.
en avant, Messieurs de la Cour!
Albert SARA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Peut-on oublier l’affaire MTV, où la justice s’est largement discréditée? Espérons que, dans l’affaire de l’attentat contre le ministre Marwan Hamadé, elle saura redorer son blason, maintenant que l’occasion lui en est offerte.
Un bref rappel de la première affaire:
En 2002, il fut décidé en haut lieu d’en finir avec la station MTV, jugée par le pouvoir comme ayant trop usé de liberté. Le magistrat Labib Zouein fut chargé de la besogne. Le 2 septembre 2002, siégeant inopinément dans son tribunal de juge unique, ayant délibérément omis de convoquer le propriétaire de la station, et sans même en avoir été requis par le ministère public, il ordonne la mise sous scellés de tous les bureaux et de tous les studios de la MTV, avec exécution immédiate, le soir même, jetant dans la rue quatre cent cinquante...