Il faut vraiment être aux abois pour en arriver à évoquer, ou à brandir, le spectre de la guerre civile comme le fait Karamé. Jamais le pouvoir local n’a été soumis à de telles pressions. Tant de la part d’une opposition qui a mangé du lion, c’est le mot. Que de la part, plus inattendue, des ambassadeurs de France et d’Amérique qui développent, en parfaite émulation concordante, une diplomatie de fer. Ces professionnels haut de gamme, spécialistes reconnus du dossier Moyen-Orient, multiplient les visites, les démarches, les déclarations et les sommations. Ils relancent infatigablement tout le monde, officiels, indépendants et opposants. Pour bien ancrer dans la tête de leurs interlocuteurs que la 1559 est un passage absolument obligé. Qu’il vaut mieux emprunter avant les élections.
Cerné de tous côtés, sa marge de manœuvre réduite à la portion congrue, le pouvoir s’apprête maintenant, après le baroud d’honneur karamiste, à bifurquer vers la détente. Certes, il continue à soutenir que la 1559 est un projet de mortelle discorde qui a tout l’air de résumer les conditions israéliennes. Mais en même temps, indiquent des sources informées généralement fiables, il se concerte avec la Syrie pour changer le climat, sinon les donnes de base. Il s’agirait, dans l’esprit des premiers élans du jeune régime syrien qui avait relevé dans son discours d’investiture la nécessité d’assainir les relations avec le Liban, de leur donner un tour plus équilibré. Plus institutionnel, moins marqué par la domination d’une partie déterminée. On donnerait de la sorte la primauté aux rapports d’État à État, avec un effacement progressif, dans le domaine politique, des services secrets. Et avec moins de pesanteur sécuritaire, policière ou militaire.
Selon ces sources, comme il n’est pas question de paraître faire machine arrière et encore moins de perdre la face, des mesures seraient bientôt prises discrètement, loin des feux de la rampe et de tout battage médiatique. Des dispositions qui n’en constitueraient pas moins des messages évidents d’ouverture en direction de diverses forces politiques comme à l’adresse des grandes puissances. Le tout enveloppé dans une rhétorique de rationalisation d’une situation pour l’heure dangereusement passionnelle et tendue.
On changerait ainsi d’attitude, ajoutent ces sources, à l’égard ou à l’encontre des diplomates occidentaux. Au lieu de continuer à en blâmer les sorties comme étant d’inadmissibles ingérences dans les affaires intérieures libanaises, on les passerait sous silence. En admettant ainsi tacitement la logique défendue par ces mêmes émissaires, qui font valoir qu’ils se contentent d’exécuter les directives, et la politique, de leurs gouvernements respectifs. Qui eux-mêmes sont couverts par la légalité internationale, via la 1559. Une ombrelle qui explique d’ailleurs pourquoi l’ambassade US s’exprime, à l’occasion, par communiqué solennel public. De son côté, l’ambassadeur français évite soigneusement de se laisser impliquer dans les différends intérieurs ou de commenter des propos syriens. Pour bien mettre en lumière la parfaite clarté légaliste des positions de Paris, indépendante de toute autre considération que les principes premiers comme l’indépendance, la liberté et la démocratie. Il apparaît donc nettement, et de plus en plus, que la France et l’Amérique agissent sur des bases extérieures intrinsèques, ne se mettent au service d’aucune partie libanaise et n’en exploitent, non plus, aucune.
Retour au couple syro-libanais. Les sources précédemment citées confirment que des contacts sont développés en vue d’un plan commun, différent de la ligne suivie jusque-là. Un plan fondé sur une mutation des relations qui se trouveraient officialisées, les gouvernements, les autorités politiques civiles, entrant en jeu pour dialoguer, sans passer par les services. Ces sources croient savoir qu’après Moallem, bien d’autres ministres syriens vont se pointer auprès de leurs homologues libanais, dans le cadre d’une coopération-coordination de travail commun. Loin de Anjar. À Damas même, le président Bachar el-Assad procéderait de nouveau à un tour de table des personnalités libanaises, aux fins de consultations. Il recevrait en premier des contestataires qui n’ont pas rompu avec la Syrie, comme Rafic Hariri. En une approche qui évidemment cible aussi, à terme, Walid Joumblatt. Puis nombre d’autres opposants, pour montrer qu’il se veut équidistant des différentes parties libanaises. Et aussi pour que Washington et Paris ne s’engouffrent pas plus dans la brèche, pour troubler les élections.
Des opposants pensent, pour leur part, que les efforts cosmétiques des décideurs et du pouvoir local ne vont pas servir à grand-chose, face à la détermination des Occidentaux en ce qui concerne la 1559. Les USA et la France ont fait de la sorte savoir à la Syrie qu’elle doit retirer ses troupes avant cette échéance. Et face aussi à la détermination des Libanais assoiffés de souveraineté.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il faut vraiment être aux abois pour en arriver à évoquer, ou à brandir, le spectre de la guerre civile comme le fait Karamé. Jamais le pouvoir local n’a été soumis à de telles pressions. Tant de la part d’une opposition qui a mangé du lion, c’est le mot. Que de la part, plus inattendue, des ambassadeurs de France et d’Amérique qui développent, en parfaite émulation concordante, une diplomatie de fer. Ces professionnels haut de gamme, spécialistes reconnus du dossier Moyen-Orient, multiplient les visites, les démarches, les déclarations et les sommations. Ils relancent infatigablement tout le monde, officiels, indépendants et opposants. Pour bien ancrer dans la tête de leurs interlocuteurs que la 1559 est un passage absolument obligé. Qu’il vaut mieux emprunter avant les élections.
Cerné de tous côtés, sa...