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MADE IN CHEZ NOUS Rabih Keyrouz, couturier de l’invisible (photos)

À l’heure où l’Europe vit avec deux saisons d’avance et présente à un rythme infernal ses collections automne-hiver 2004-2005, les couturiers libanais affichent un beau fixe printanier, plein de couleurs, de transparences et de sensualité. Tandis que les mannequins d’Édward Arsouni défilent à Beyrouth devant un parterre de VIP locaux et régionaux, Walid Atallah fait l’actualité à Mascat, Oman, dans les salons de l’hôtel al-Bustan Palace. Pour les plus connus comme Élie Saab et Georges Chakra, l’événement a déjà eu lieu à Paris. Des talents qui montent, comme Tony Ward, ont eu la chance de défiler à Rome ou ailleurs. Dans cette pépinière qui laisse présager du meilleur pour la haute couture made in chez nous, nous avons choisi de nous intéresser au non-événement du représentant le plus discret et sans doute le plus atypique de la profession. Rabih Keyrouz est décidément le chouchou de la presse féminine. Loin des feux de la rampe, ce couturier économe de ses effets autant que de ses mots affectionne le mystère et ne déçoit jamais. Trente ans, le timbre d’un adolescent et des mains de pianiste; formé à une élégance discrète dans les maisons les plus classiques de la couture parisienne, il a mis tous les atouts de son côté. Sa chef d’atelier, Denise Chevreuil, a fourbi ses ciseaux chez Chanel. Elle dirige une équipe de petites mains entre lesquelles filent des trésors de broderie artisanale. Keyrouz ne donne pas dans le défilé spectaculaire. En avant-goût de sa prochaine collection, il vous invite à un petit déjeuner pantagruélique où trône la fine fleur de la viennoiserie et du pain au levain, à côté du «foul» traditionnel et de l’incontournable «man’ouché». Manière de dire que la ligne est sans importance dans le microcosme du sur mesure et que, parmi les domaines du goût, la gastronomie tient une place essentielle. «Mes collections n’ont pas de thèmes, dit-il. Je ne crée pas de vêtement pour des femmes virtuelles. Mon thème, c’est ma cliente. Avec elle, j’ai de longues heures de conversation. J’ai besoin de la connaître pour adapter un vêtement à son attente. Mais souvent, je n’ai rien à lui montrer. Je prépare une collection, simplement pour avoir un support visuel à offrir à celles qui en ont besoin.» Il vous fera volontiers visiter son atelier. Mais là, tout comme à son stand du Biel, il n’y a pas grand-chose à voir. Des bustes en plâtre revêtu des plus beaux échantillons des coupes, d’assemblages et de broderies. Il suffira de s’imprégner de l’ambiance. Culture du secret ou sens aigu du détail? «Je ne suis pas un créateur, aime-t-il déclarer. Je suis un artisan à l’ancienne». Keyrouz vous présentera son équipe à l’œuvre, un pan de bustier entièrement rebrodé de perles vertes («quelques jolies petites heures de travail»), des volants de mousseline de soie froissée (secret maison!). Il vous montrera ses croquis épinglés à des échantillons de tissus rouge, jaune ou noir, ses couleurs préférées, vous dévoilera quelques idées de robes. En sortant de cette parenthèse matinale, du ronronnement de la Singer aux rumeurs de la rue, vous avez l’impression d’avoir assisté à un happening sensationnel. Vous avez envie de raconter la grâce, les mannequins, les lumières, les couleurs, la musique. Vous vous apercevez que vous n’avez rien à dire. Artisan ou sorcier, Keyrouz vous en a pourtant mis plein la vue!

À l’heure où l’Europe vit avec deux saisons d’avance et présente à un rythme infernal ses collections automne-hiver 2004-2005, les couturiers libanais affichent un beau fixe printanier, plein de couleurs, de transparences et de sensualité. Tandis que les mannequins d’Édward Arsouni défilent à Beyrouth devant un parterre de VIP locaux et régionaux, Walid Atallah fait l’actualité à Mascat, Oman, dans les salons de l’hôtel al-Bustan Palace. Pour les plus connus comme Élie Saab et Georges Chakra, l’événement a déjà eu lieu à Paris. Des talents qui montent, comme Tony Ward, ont eu la chance de défiler à Rome ou ailleurs. Dans cette pépinière qui laisse présager du meilleur pour la haute couture made in chez nous, nous avons choisi de nous intéresser au non-événement du représentant le plus discret et...