Les trois membres de la famille d’Oum Haitham ont passé près d’un mois dans l’enfer de Falloujah, frôlant la mort, endurant le froid et la faim, avant d’être évacués par les Marines. « À plusieurs reprises, j’ai senti que notre fin était proche », a raconté Hamid Raoui, 40 ans, qui n’a émergé de la ville, avec sa sœur de 59 ans et sa mère de 80 ans, que le 3 décembre, soit 27 jours après le début de l’offensive lancée par les Marines et des forces irakiennes contre le bastion rebelle. « Ma mère était souffrante et ma sœur aussi et je me suis dit qu’il valait mieux rester dans ma maison que de prendre le risque de la perdre », a déclaré à l’AFP ce propriétaire d’une pâtisserie durant son passage dans un hôpital de campagne jordanien proche de Falloujah.
Les caprices de la fortune leur ont sauvé la vie. « Les gardes nationaux, qui m’ont découvert, m’ont raconté qu’à deux reprises, les Marines avaient dirigé leurs canons sur ma maison avant de renoncer à la dernière minute à ouvrir le feu », a-t-il dit, y voyant une intervention divine.
Pendant les premiers jours de l’offensive sur la ville qui a connu un exode massif de sa population de quelque 300 000 personnes, Hamid Raoui osait encore mettre le nez dehors. Mais, au fil des jours et à mesure que les combats se rapprochaient de son quartier du nord de la ville, appelé Chorta (police), il était devenu clair qu’il valait mieux se calfeutrer dans la maison. « Lorsque les vitres ont été soufflées par les déflagrations des bombes, je me suis installé avec ma mère et ma sœur dans une pièce au fond du rez-de-chaussée », s’est rappelé M. Raoui. « Au début, on était plus ou moins informés de la situation grâce à la télévision, mais au bout de quelques jours, il n’y a plus eu d’électricité. Ensuite, l’eau s’est tarie et il était très hasardeux d’aller en chercher dans un réservoir construit dans le jardin. Nous avons décidé de rationner l’eau », a-t-il ajouté. « L’état de santé de ma mère, qui souffre de tension artérielle, a empiré et il n’y avait plus de fioul pour se chauffer (...) et je me suis senti totalement désarmé », a-t-il encore dit.
Les membres de cette famille ont passé leur dernière nuit à Falloujah dans un noir total, calfeutrés dans des couvertures et attendant un miracle, qui s’est produit aux premières lueurs du jour. « J’ai entendu des pas s’approcher et j’ai pensé qu’il s’agissait de Marines mais les pas se sont éloignés et ce n’est qu’en milieu d’après-midi que quelqu’un a fracassé ma porte et je suis tombé sur un garde national. J’ai été jeté à terre et fouillé par les membres de l’unité qui s’étonnaient de tomber sur nous au milieu des destructions. Ma maison a été minutieusement fouillée et nous avons été remis à des Marines qui nous ont conduits, au milieu des tirs, à une antenne du Croissant-Rouge. »
Les trois membres de la famille feront un passage par l’hôpital de campagne jordanien installé près de Falloujah. « Après nous avoir prodigué quelques soins, les médecins nous ont dit qu’on ne pouvait pas passer la nuit dans leur établissement et je me suis emporté, en demandant qu’on nous ramène chez nous. » Le personnel médical jordanien n’avait pas d’autre choix que de les garder durant deux jours avant de faire venir une ambulance de Bagdad pour les transporter chez des parents dans la capitale.
Hamid Raoui, sa mère et sa sœur attendent aujourd’hui dans le confort relatif de Bagdad de retrouver leur maison en s’angoissant à l’idée de la trouver complètement dévastée par les combats qui n’ont pas encore totalement cessé.
Ibrahim MOHAMAD (AFP)
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