Le double attentat-suicide d’Ashdod, qui a visé pour la première fois un port et dont les deux auteurs ont réussi à pénétrer en Israël à partir de la bande de Gaza malgré la clôture qui entoure ce territoire, inquiétait à double titre hier les dirigeants israéliens.
Pour la première, l’attaque palestinienne a visé un port, une cible stratégique en théorie bien gardée. Le port d’Ashdod, sur la côte méditerranéenne sud, est l’un des deux grands ports d’Israël avec celui de Haïfa au nord.
Les deux kamikazes ont en outre réussi pour la première fois à mener leur attaque-suicide à partir de Gaza, malgré la clôture censée boucler hermétiquement ce territoire. Ils sont également parvenus à franchir le périmètre de sécurité du port, déclenchant leurs explosifs à proximité de dépôts de produits chimiques forts toxiques.
Il s’en est donc fallu de peu pour que le cauchemar du « méga-attentat » redouté depuis longtemps par les responsables sécuritaires israéliens, devienne réalité. Un incendie des dépôts de produits chimiques stockés dans le port, tels que l’ammoniac, aurait eu des effets dévastateurs sur la ville proche. « Tôt ou tard, les terroristes finiront par exécuter un méga-attentat », estime Uzi Arad, ancien chef du Mossad, le service secret israélien.
Certains commentateurs ont suggéré que les deux kamikazes ont réussi à franchir la clôture de sécurité qui entoure la bande de Gaza en passant par un tunnel. Le 26 février, deux Palestiniens avaient tué un soldat dans une attaque contre le poste militaire israélien d’Erez, à l’entrée nord de la bande de Gaza, en utilisant cette même méthode.
Par ailleurs, le fait que les groupes armés, ici des membres du Hamas et des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, réussissent à conduire des attaques du type de celle d’Ashdod, en dépit de la constante pression de l’armée israélienne, est une autre source d’inquiétude pour Israël.
Les explosifs utilisés par les kamikazes dimanche étaient par ailleurs plus puissants que ceux fabriqués artisanalement en Cisjordanie, selon des sources policières.
L’attaque du port d’Ashdod illustre de plus la coopération croissante entre les groupes armés. « Cette tendance s’est accentuée ces dernières semaines. Pour le Hamas, ce développement est un succès majeur : il a réussi à mettre sur pied une infrastructure opérationnelle commune avec le Fateh (principal mouvement palestinien) », écrivait hier Zeev Schiff, l’expert militaire du quotidien Haaretz.
Côté palestinien, il ne fait aucun doute que l’attaque d’Ashdod sera célébrée comme l’une des opérations militaires les plus réussies des groupes armés.
Certains commentateurs estiment que la recrudescence des violences à Gaza est la conséquence directe du plan annoncé par le Premier ministre Ariel Sharon d’évacuer la majorité des colonies juives de ce territoire. Selon ces commentateurs, les Palestiniens veulent apparaître comme ayant réussi à bouter par les armes les troupes israéliennes hors de Gaza, à l’instar du discours tenu par le Hezbollah dans la foulée du retrait unilatéral d’Israël, en mai 2000, du Liban-Sud. À l’heure où l’Autorité palestinienne et l’Égypte discutent des moyens adéquats pour assurer le contrôle sécuritaire de Gaza, après un éventuel retrait d’Israël, les mouvements palestiniens radicaux ont rappelé, avec l’attaque d’Ashdod, qu’il fallait compter avec eux.
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