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ÉCLAIRAGE - Le sacre de Walid Joumblatt, de Paris à Moukhtara (photo)

Ce qui a été salué ces trois derniers jours, de Paris à Moukhtara, ce n’est plus seulement l’homme, Walid Joumblatt. Au-delà, c’est une certaine idée du Liban, islamo-chrétien, convivial, qui a été plébiscitée. C’est un passage de relais – en tandem et salutaire même s’il a pris tout son temps – entre deux communautés qui a été plébiscité. Et des transmissions dans tous les sens, il y en aura, il devrait y en avoir beaucoup, puisque le combat en faveur de l’indépendance, de la souveraineté, des libertés, de la démocratie, de l’État de droit, ne peut ni ne doit être l’apanage d’une quelconque partie des Libanais, mais d’eux tous. Ce qui a été applaudi ces trois derniers jours, de Paris à Moukhtara, c’est la preuve tangible que l’espoir est permis, que ce n’est pas un concept que l’on ne trouve que dans les dictionnaires ukrainiens, que le changement peut naître de l’intérieur ; une preuve grâce à laquelle une population légitimement résignée pourrait rebondir pour essayer de récupérer un peu de foi. « Le cri poussé hier par Walid Joumblatt – “Nous ne sommes plus seuls au monde ; n’ayez plus peur de rien” – annonce une nouvelle étape, il est porteur d’espoir. Joumblatt est un rassembleur qui appelle les Libanais à la mobilisation, à la participation et à la création d’un avenir meilleur, en invoquant leur courage et leur détermination », a dit le député Salah Honein, présent hier à Moukhtara et interrogé par L’Orient-Le Jour. Vendredi 3, palais de l’Élysée. Le seul parmi les non-officiels à avoir été reçu par le président français depuis l’indépendance de 1943 – et il le sera de nouveau bientôt – a été le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir. Désormais, ils sont deux à avoir été invités à l’Élysée ; et en réservant à Walid Joumblatt un accueil digne d’un chef d’État, le nécessaire Jacques Chirac a rendu d’une façon ou d’une autre, au nom de la France, un hommage retentissant au courage d’un leader national « déterminé à pousser jusqu’au bout sa lutte en faveur de la démocratie ». En recevant le chef du PSP, c’est à toute l’opposition libanaise (qui devrait en principe se retrouver ce jeudi pour rendre public son document de travail commun), que Paris a envoyé un signe fort. Désormais, et en lieu et place de Rafic Hariri, cette opposition bénéficie de la reconnaissance et de l’oreille de l’Exécutif français, à l’origine avec Washington de l’adoption par le Conseil de sécurité de l’Onu de la résolution 1559. Enfin, en traitant Walid Joumblatt (le partenaire national du cardinal maronite) comme il l’a fait, c’est aux pouvoirs libanais et syrien que Jacques Chirac a adressé un message clair, résumant à lui tout seul la solidité inébranlable de la conviction française selon laquelle il est désormais largement temps que le Liban recouvre indépendance et souveraineté. Le tout à quelques jours de l’arrivée à Beyrouth du successeur de l’exemplaire Philippe Lecourtier, Bernard Émié, un incontournable au Quai d’Orsay dès qu’il s’agit du Liban. Dimanche 5, Moukhtara. Ils sont venus, comme chaque année, le plus spontanément du monde pour commémorer l’anniversaire de la naissance de Kamal Joumblatt. Sauf que cette fois, ils étaient bien plus nombreux que d’habitude, chacun d’entre eux « valant bien plus qu’un million », Walid Joumblatt dixit. Tout le monde, au PSP, a affirmé et réaffirmé ne vouloir en aucun cas comparer cette manifestation avec celle du « million » qui l’a précédée. Sauf que les images parlent d’elles-mêmes : druzes et chrétiens de la Montagne, ainsi que musulmans (notamment de l’Iqlim el-Kharroub) se sont certes rendus à Moukhtara pour rendre hommage à la mémoire de Kamal Joumblatt, mais ils avaient surtout en tête et dans les cordes vocales ces antiennes défendues, entre bien d’autres, hier par le père et aujourd’hui par le fils : démocratie, libertés, indépendance, souveraineté, etc. Et à l’heure où le pouvoir continue de faire payer, sous différentes formes, à Walid Joumblatt son refus catégorique de la prorogation du mandat Lahoud et ses appels incessants à l’assainissement des relations entre Beyrouth et Damas (« Je ne demande pas, pour l’instant, de relations diplomatiques », a-t-il dit hier, interrogé par la chaîne al-Arabiya), et à la fin de l’immixtionnisme des Services libano-syriens en tous genres dans les affaires intérieures et la gestion quotidienne du pays, la population libanaise, par dizaines de milliers, a décidé de sacrer hier, après la communauté internationale vendredi, Walid Joumblatt (depuis Béchir II, c’est presque mathématique). Mais de sacrer aussi, et surtout, encore une fois au-delà de la personne du leader druze, l’espoir d’un changement au niveau national. Un tandem est un vélo à deux sièges. Hier, en l’an 2000, c’était le patriarche maronite (qui ne peut pas, bien évidemment – et tout le monde doit le comprendre –, se battre contre la prorogation d’un mandat présidentiel comme peuvent le faire, entre autres, les piliers de Kornet Chehwane ou le chef du PSP : il se bat autrement...) et l’opposition de l’Est politique qui pédalaient plus vite, plus fort. Aujourd’hui, c’est au tour de Walid Joumblatt ; et bientôt, très bientôt, ils le feront tous à la même cadence. En attendant l’heure nécessaire, urgente, à laquelle ce tandem se transformera en vélo à trois places (Rafic Hariri ?), puis à quatre, six, douze et enfin... dix-huit. Ziyad MAKHOUL
Ce qui a été salué ces trois derniers jours, de Paris à Moukhtara, ce n’est plus seulement l’homme, Walid Joumblatt. Au-delà, c’est une certaine idée du Liban, islamo-chrétien, convivial, qui a été plébiscitée. C’est un passage de relais – en tandem et salutaire même s’il a pris tout son temps – entre deux communautés qui a été plébiscité. Et des transmissions dans tous les sens, il y en aura, il devrait y en avoir beaucoup, puisque le combat en faveur de l’indépendance, de la souveraineté, des libertés, de la démocratie, de l’État de droit, ne peut ni ne doit être l’apanage d’une quelconque partie des Libanais, mais d’eux tous. Ce qui a été applaudi ces trois derniers jours, de Paris à Moukhtara, c’est la preuve tangible que l’espoir est permis, que ce n’est pas un concept que...