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Actualités - Reportage

Mode La lingerie, suite sans fin (Photo)

La lingerie féminine est décidément un monde de paradoxes. Décriée par les femmes elles-mêmes qui étaient prêtes à la jeter aux orties dès les années soixante, elle a longtemps représenté ce carcan rigide que leur imposait une mode aux normes des fantasmes masculins. Par la suite, réduite à son expression minimale et favorisée par les nouveaux textiles, à la fois fermes et souples, la lingerie a su retrouver un code de séduction réconciliant confort et sensualité. Le monde oriental a toujours été friand de ces dessous coquins dont les nouvelles mariées font le pilier de leur trousseau. La femme occidentale, plus «executive woman», s’attachait plutôt, et jusqu’à récemment, à l’aspect confort et tenue du sous-vêtement, avant de redécouvrir la magie de la dentelle et le bonheur des secrets somptueux que l’on cache sous la rigidité des tailleurs. Unanimes, elles reconnaissent que les dessous, on les choisit d’abord pour se faire plaisir, par jeu, pour être simplement bien dans sa peau et dans sa féminité. La cerise sur le gâteau, c’est qu’on y gagne une assurance insoupçonnée ! Les fabricants ont accompagné ce phénomène, de sorte que dès le début de l’année 2000, les dessous n’ont eu de cesse que de se montrer, remplaçant parfois ces fameux « hauts » si difficiles à insérer sous une veste, si rébarbatifs dès qu’ils jouent les uniformes. La tendance annonce le grand retour, naguère confidentiel, du porte-jarretelles et du bas de soie, et même de la coquine jarretière si prompte à glisser qu’un roi d’Angleterre en fit un ordre pour sauver l’honneur d’une dame. À Beyrouth, on n’est pas en reste et, depuis bien longtemps, avec des maisons comme Zahar, Hochar, Hatab et bien d’autres chez qui nombre d’entre nous ont gardé le souvenir de leur premier soutien-gorge. De nouvelles entreprises, comme Threads&Colors à l’ABC, se spécialisent dans le sous-vêtement ado. «Les folies d’Irène», dans le cadre intime d’une cave de la rue Schehadé, propose des dessous d’un raffinement extrême, pour la plupart confectionnés avec de la dentelle « vintage ». À vos corsets donc, à vos résilles, à votre bonheur d’être femme, et honni soit qui mal y pense ! SUCCESS STORY COLETTE, 213, rue Saint-Honoré De renommée planétaire, le magasin Colette est, contre toute attente, une simple et belle histoire de famille, et de passion. L’histoire d’une mère et de sa fille qui ont eu l’idée de créer le magasin Colette en mars 1997. Le nom (prénom de la mère fondatrice) et le logo (les deux ronds) ont été choisis très rapidement et sans réflexion approfondie. Même chose pour l’aspect du lieu: une décoration assez minimaliste, épurée et très soft qui met en valeur les produits plus que le design. «Il n’y a pas eu de stratégie sur le long terme», avoue Nadège Mezou, responsable des relations de presse. Et ça a marché! Presque sept ans après, Colette est devenu une grosse machine commerciale et ultra-fashion qui, au même titre que les grands magazines de mode, dicte la tendance. Aujourd’hui, la société compte 80 employés répartis entre les bureaux, l’administration, la communication, la vente, etc. Dès son ouverture, la presse a encensé Colette et l’a rapidement qualifié de «concept-store». Il s’agissait à l’époque de la première boutique du genre en France, ce type d’endroit étant encore exclusivement développé dans des villes telles que New York ou Milan. Chez Colette, on préfère la notion de «collect-shop»: «Notre idée est de dénicher des produits hyperpointus et très différents, que l’on réunit dans le même espace.» Il s’agit de créer une vraie fusion entre les univers de la mode, du design, de la musique, du cinéma, de la photo, etc. «Sur nos trois étages, nous arrivons à offrir un environnement culturel de A à Z», explique Nadège Mezou. Ici, on mise sur le choc des cultures. Voilà pourquoi Colette ne se gêne pas pour faire cohabiter sous la même vitrine une paire de Prada et une paire de Nike, un stylo bic et un foulard en soie. Les prix sont d’ailleurs représentatifs du mélange de genres: on y trouve aussi bien un gadget à moins de 10 euros, qu’un produit high-tech au prix indécent. La sélection des produits s’organise autour d’une équipe de quatre acheteurs réunie sous la tutelle de Sarah, la fille de Colette, acheteuse et directrice du lieu. Cette jeune femme, pas encore trentenaire, connaît bien les habitudes d’achat, les réflexes et les goûts de la clientèle. L’équipe ne se fie pas au cahier de tendance, les acheteurs croient en leurs coups de cœur. L’essentiel est d’être très à l’écoute: tendre l’oreille, ouvrir les yeux mais, surtout, faire jouer l’instinct. Il faut renouveler en permanence. Et, dans cette société familiale, presque artisanale, la liberté est offerte à toute l’équipe de soumettre des idées, des projets. Cependant, la notoriété de Colette est telle que les marques elles-mêmes viennent maintenant proposer leurs articles. Certaines griffes sont devenues quasi permanentes car elles offrent régulièrement des produits pertinents convenant à l’univers Colette. D’autres, en revanche, ne sont en magasin que le temps de vie d’un article. Le challenge de Colette est évidemment de rester très pointu et avant-gardiste. C’est ce que la clientèle recherche: des articles inédits, des séries limitées, ce qu’elle ne trouvera nulle part ailleurs. En offrant l’exclusivité sur un produit, une maison comme Chanel, par exemple, cherche à travers un tel lieu une vitrine qui sorte radicalement du cadre traditionnel de leurs boutiques. En bons ambassadeurs de la tendance, les vendeurs, jeunes, beaux, branchés, sont choisis pour leur passion, que ce soit la mode, la musique ou les livres. Mais ils se doivent d’être polyvalents, capables d’orienter les clients dans les différents étages car «l’accueil, le respect et la compréhension du client sont les critères Colette. Toujours à l’affût de modernité, Colette a développé un site Internet qui permet la vente en province et à l’étranger. On y trouve certains best-sellers tels que la compilation Colette, mais il s’agit, la plupart du temps, d’articles qui ne sont plus en vente à la boutique. Lorsque l’on demande à Nadège Mezou quels sont les projets d’avenir de la société, nous sommes surpris de découvrir qu’il n’y aucun désir de s’étendre, de monter un système de franchise. «Colette est un projet de passion, de famille que l’on ne peut concevoir qu’en étant hypervigilant vis-à-vis de tout ce qui se passe dans le magasin. Faire fonctionner cette machine, et se renouveler toutes les semaines, est déjà un travail considérable. Franchiser ou créer des filiales entraînerait la perte de notre souplesse et de notre liberté d’action. Peut-être pourrions-nous envisager de créer des Colette éphémères qui ne dureraient qu’un mois ! Nous ne travaillons pas Colette comme une marque, même si nous avons quelques produits (compilations, bougies, l’eau de Colette…).» Les projets de Colette pour l’avenir sont étonnement simples: continuer à être précurseurs, lancer des artistes ou des créateurs. Ils désirent développer leur magazine ainsi que leur station de radio qui existe déjà sur Internet. Enfin, ils souhaitent organiser des soirées et des événements culturels à travers le monde, une expérience qu’ils ont entreprise avec succès l’année dernière à New York, Tokyo ainsi qu’à la Cigale à Paris en association avec le magazine Vogue. Pas de mégalomanie donc chez Colette, bien au contraire! Et, en y réfléchissant bien, c’est peut-être pour cette raison que ça marche, tout simplement… MADE IN BRAZIL ... ou comment São Paulo s’est transformé en un haut lieu de la mode Mais où déniche-t-on les derniers top models ? Une étude rapide des pages fashion des magazines de mode démontre qu’ils sortent du moule brésilien. C’est ce que confirme le tatouage «made in Brazil» qu’affiche le mannequin brésilien Mariana Weickert au creux de ses reins. Gisèle Bundchen et Fernanda Tavares sont des purs produits «brasileiras» issus de la longue liste de «tops» internationaux. À la différence de ces filles de l’Est venues chercher leur bonne étoile et une fois au sommet ne retournent jamais au pays natal, les Brésiliennes sont des accros de leur São Paulo. Et elles n’ont pas tort. Loin des affres de Rio la sulfureuse, São Paulo, mieux connue comme la «ville la plus grande du monde», est aujourd’hui l’un des lieux incontournables de la carte de la mode. Pendant longtemps, le Brésil a eu la réputation de ne pas être un marché porteur pour les produits de luxe en général et ceux de la mode en particulier: violence urbaine, insécurité, pauvreté constituaient un contexte peu propice à la consommation et à l’ostentation d’articles haut de gamme. S’habiller d’une griffe étrangère ou porter un accessoire de mode branché signifiait, bien souvent, avoir les moyens de voyager et de dépenser à l’étranger. Sous l’effet conjugué de l’ouverture du pays aux importations, de la stabilisation économique et monétaire amorcée il y a dix ans et de la stratégie des grandes maisons internationales d’ouvrir de nouveaux marchés, le panorama du marché brésilien a radicalement changé ces dernières années. Depuis 1997, les noms prestigieux de la haute couture française et internationale et des accessoires de mode ont ouvert des boutiques exclusives au Brésil et notamment à São Paulo. Cela sans compter avec les multiples marques brésiliennes qui s’installent d’un pied ferme sur le marché local. La preuve en est la dernière édition de la São Paulo Fashion Week, où une marque telle que Zoomp a réservé un stand durant tout le Salon. Zoomp, Ellus et Forum sont bien les trois noms qui ne peuvent manquer au dictionnaire de la mode brésilienne pour leurs jeans moulants et leurs tops qui marquent la tendance. Les créateurs se divisent entre Rio de Janeiro et São Paulo. Parmi les couturiers reconnus qui ont rejoint le côté pauliste et qui attirent les célébrités, on peut citer Alexandre Herchcovitch, Gloria Coelho, Fause Haten y Cavalera. Si Rosa Cha et ses bikinis qui s’arrachent comme des petits pains au Brésil font une apparition remarquée sur le marché de la mode parisien, les «fashionistas» européennes n’ont pas encore eu vraiment droit à la fameuse brasilian touch... Alors, à ce jour, une seule solution pour découvrir le nouveau temple de la mode : acheter un billet d’avion, se rendre chez Dasdu, la boutique multimarque uniquement ouverte aux femmes (logique elles se déshabillent en plein cœur de ce lieu sacré), se faire choyer dans les centres de beauté à un prix dérisoire, commencer sa collection de hawaianas et se rendre à la prochaine édition de la Sao Paulo Fashion Week... Au rythme de deux fois par an, la suivante est en janvier. Ça promet un hiver ensoleillé! FIFI ABOUDIB
La lingerie féminine est décidément un monde de paradoxes. Décriée par les femmes elles-mêmes qui étaient prêtes à la jeter aux orties dès les années soixante, elle a longtemps représenté ce carcan rigide que leur imposait une mode aux normes des fantasmes masculins. Par la suite, réduite à son expression minimale et favorisée par les nouveaux textiles, à la fois fermes et souples, la lingerie a su retrouver un code de séduction réconciliant confort et sensualité. Le monde oriental a toujours été friand de ces dessous coquins dont les nouvelles mariées font le pilier de leur trousseau. La femme occidentale, plus «executive woman», s’attachait plutôt, et jusqu’à récemment, à l’aspect confort et tenue du sous-vêtement, avant de redécouvrir la magie de la dentelle et le bonheur des secrets somptueux que...