La mine sombre, Salman Haji se tient immobile au sommet d’un immense tas de ruines, à l’endroit même où se dressait la veille encore son immeuble de sept étages : l’armée israélienne a quitté Zeitoun dans la nuit, mais les résidents du quartier n’oublieront pas de sitôt ce raid de 48 heures. La rue Salaheddine, la grande artère de ce quartier du sud de Gaza, était hier matin littéralement dévastée sur plusieurs centaines de mètres.
Asphalte de la chaussée complètement arraché par les bulldozers, canalisations d’eau éventrées, magasins aux rideaux de fer enfoncés, immeubles à la façade trouée par des obus et couverts d’impacts de balles de mitrailleuses lourdes ou, pour quelques-uns, démolis à l’explosif : les images témoignaient de la violence de ces deux journées de mardi et mercredi, qui ont fait de nombreux sans-abri. L’incursion de l’armée israélienne – dont l’objectif était la destruction d’ateliers où sont fabriquées des roquettes artisanales Qassam tirées par les groupes armés palestiniens contre les colonies juives voisines ou les localités du sud d’Israël – avait débuté tôt dans la nuit de lundi à mardi et aurait dû normalement ne durer que quelques heures. Mais la mort de six soldats dans la destruction par une explosion d’un transport de troupes blindé a prolongé ce raid, l’armée refusant de se retirer tant que les Palestiniens ne lui auraient pas rendu les restes de ces soldats.
Partagés entre la consternation et la rage, les habitants de ce quartier où les fermes côtoient la petite industrie déambulaient dès l’aube par centaines entre les tas de gravats pour constater les dégâts avant d’enterrer les dernières victimes de l’incursion. Trois nouveaux cadavres ont, en effet, été découverts juste après le départ des soldats, portant à 16 le nombre total des Palestiniens tués durant cette incursion. La moitié environ étaient des combattants.
Une porte-parole de l’armée israélienne, la commandante Sharon Feingold, a affirmé qu’il y avait eu « des échanges de tirs d’une très grande intensité » entre les soldats et les combattants palestiniens et que « la plus grande partie des dégâts résulte de ces échanges de tirs », ajoutant que plusieurs immeubles avaient été « visés » parce que l’armée les soupçonnait d’abriter des ateliers.
Comme hébété, S. Haji, 56 ans, semblait essayer de comprendre pourquoi l’armée avait démoli son immeuble. « Ils sont montés à trois reprises avec leurs chiens pour inspecter l’immeuble. Ils ont bien vu qu’il n’y avait rien », s’emporte son fils Iyad, 26 ans, qui a du mal à contenir sa colère. « Cela me donne une raison de me battre », commente-t-il. Au milieu des décombres, on distingue une tache blanche. C’est une robe de mariée. À l’arrière, le mur d’une mosquée porte des traces de balles. À gauche, l’immeuble est encore debout, mais éventré. À droite, la façade d’un autre immeuble est noircie. C’est à cet endroit que le transport de troupes blindé dans lequel se trouvaient les six soldats tués a explosé mardi, après avoir passé sur une mine.
Cloîtrés chez eux, les habitants ont entendu l’explosion, mais personne n’a osé mettre le nez dehors pour voir quelle en était la cause. Juste en face, un gigantesque trou béant orne la façade de la maison de Jamma Shamalakh, un paysan de 65 ans. Lui aussi veut savoir pourquoi « ils » ont fait ça. « Où est l’atelier » de fabrication de roquettes Qassam, demande-t-il en montrant l’intérieur dévasté de sa chambre à coucher. Sur le sol gît un gros morceau de métal qui, selon lui, provient du transport de troupes pulvérisé par l’explosion de mardi. À l’arrière, sa petite oliveraie a été complètement rasée. « Qu’est-ce que les arbres avaient bien pu leur faire ? » tonne un homme en colère. Dans la rue, des adolescents brandissent au bout d’un morceau de bois une chose noirâtre qu’ils présentent comme des restes humains.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La mine sombre, Salman Haji se tient immobile au sommet d’un immense tas de ruines, à l’endroit même où se dressait la veille encore son immeuble de sept étages : l’armée israélienne a quitté Zeitoun dans la nuit, mais les résidents du quartier n’oublieront pas de sitôt ce raid de 48 heures. La rue Salaheddine, la grande artère de ce quartier du sud de Gaza, était hier matin littéralement dévastée sur plusieurs centaines de mètres.
Asphalte de la chaussée complètement arraché par les bulldozers, canalisations d’eau éventrées, magasins aux rideaux de fer enfoncés, immeubles à la façade trouée par des obus et couverts d’impacts de balles de mitrailleuses lourdes ou, pour quelques-uns, démolis à l’explosif : les images témoignaient de la violence de ces deux journées de mardi et mercredi, qui ont...