Jean Le Cam (Bonduellle) se décrit malicieusement à 45 ans comme un « bizuth du Vendée Globe », course à la voile autour du monde, en monocoque sans escale et en solitaire, qu’il n’avait jamais abordée mais qui semble pourtant taillée pour lui.
« Pourquoi prendre le départ (le 7 novembre) du Vendée seulement maintenant ? J’ai juste senti que c’était le moment », lance pour toute explication ce marin économe de mots, rencontré par l’AFP.
« Je sais où je vais », souffle le « Roi Jean », son surnom après vingt ans de compétition (sur multicoque ou monocoque, en équipage ou en solo) et un solide palmarès (un record de l’Atlantique, deux traversées atlantiques victorieuses, deux titres de champion du monde en Formule 40 et trois victoires dans la Solitaire du Figaro, un record partagé avec Philippe Poupon).
Le Finistérien ne part effectivement pas dans l’inconnu dans cette course de près de trois mois, puisqu’il a développé son bateau en étroite collaboration avec Roland Jourdain, grand favori du Vendée Globe. Cette optimisation parallèle de leurs navires jumeaux (Bonduelle et Sill-Véolia) leur ont permis de limiter les risques. « La confiance s’est installée », commente Le Cam, même si, par expérience, il sait « qu’un bateau n’est jamais prêt ».
Le Breton rêve d’un duel final avec Jourdain, son compère : « Si ça devait se passer comme ça, ce serait une victoire totale pour le projet, pour notre démarche, quel que soit celui qui gagne. »
Outre Jourdain, il cite comme favoris Mike Golding, Jean-Pierre Dick et Vincent Riou.
Bonhomie
« Dans cette course, il y a 20 mecs sur l’eau (inscrits au départ du Vendée Globe), mais tu es tout seul, savoure-t-il à l’avance. De toute façon, on n’a pas le temps de s’ennuyer, les journées sont courtes, il faut faire avancer le bateau, se tenir au courant de la position des autres, etc... »
Ce père de deux enfants ne met en avant aucune préparation particulière pour cette course, que ce soit sur un plan physique ou pour la gestion du sommeil.
« Quand on courre le Figaro (même bateau pour tous les concurrents sur des étapes assez courtes), on peut se permettre de ne pas dormir. Mais là, il faut dormir quand même, sinon ça ne le fait pas, il faut dormir une à deux heures de temps en temps, soit 6 heures par 24 heures », prédit-il toutefois.
Toujours aussi détaché, il avoue cependant avoir « potassé tous les systèmes météo. Récemment, j’ai pris un fichier du Sud tous les jours, on devrait avoir pas mal de vent portant, mais je me dis que tout le monde le prendra ».
L’évocation des trois caps de cette course mythique (Bonne Espérance, Leeuwin, Horn) ne l’émeut pas outre mesure. « Le cap Horn, je l’ai déjà passé en 1981 sur Pen Duick VI (Euromarché), avec Éric Tabarly (Le Cam était alors équipier), j’avais 22 ans, je ne m’en souviens pas plus que ça, c’était une belle aventure, point », confie-t-il dans un sourire.
Mais cette bonhomie ne doit pas masquer son ambition : « Si j’y vais, ce n’est pas pour faire de la figuration. »
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