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ÉCLaIRAGE Bienvenue dans la plus dangereuse des périodes de transition

La doïka Lahoud-Berry et ses exigences (sur la nature, le volume et la répartition des portefeuilles dans le nouveau gouvernement) auraient-elles eu raison de Rafic Hariri ? L’ont-elles poussé – et avec elles l’idée sans doute très erronée qu’une déclaration présidentielle à New York est bien moins coercitive qu’une nouvelle résolution – vers cette voie de garage dont tout le monde parlait mais à laquelle personne ne voulait croire ? Ou bien cette alliance, très conjoncturelle et très intéressée, serait-elle finalement intervenue à point nommé pour servir au Premier ministre démissionnaire, sur un plateau d’argent, cet immense bol d’air frais dont il a impérativement besoin après quatre ans d’une cohabitation infernale et à quelques mois des législatives, qu’il lui faudra préparer en s’attendant, dit-on, au pire ? Peu importe, Rafic Hariri est parti au seul moment, peut-être, où le Liban a réellement besoin de lui. Un Liban qui se noie dans la kyrielle de ses crises internes, et qui se débat (et avec lui, l’y entraînant allègrement, le tuteur syrien) dans le collimateur de la légalité internationale. Non que Rafic Hariri soit irremplaçable – bien au contraire. C’est la « futile », la « triviale » – pour reprendre les termes du visionnaire Walid Joumblatt – et l’ultra-entêtée décision syrienne de proroger le mandat Lahoud, contre l’avis quasi général, ici comme ailleurs, qui a rendu Rafic Hariri, en cette période automnale, indispensable. Le sort a parfois de ces ironies qu’un régime qui se respecte aurait pourtant dû apprendre à maîtriser... Émile Lahoud, Omar Karamé (le lucky winner de la tombola des rives du Barada) et le tuteur syrien entendront-ils Jeffrey Feltman et Philippe Lecourtier, qui ont souhaité que le cabinet en gestation ne subisse aucune ingérence étrangère dans ses prises de décision ? Qu’il devrait être composé « de personnalités fortes, crédibles et intègres, bénéficiant d’une liberté d’action et qui se partagent une vision positive de l’avenir du Liban » ? Pas évident, à la lumière du jusqu’auboutisme dont ont fait preuve depuis plusieurs semaines le régime libanais et Damas. Pas évident, parce que ramener au Sérail, même pour six mois, en plein dans la crise la plus aiguë que le pays ait connue depuis la fin de la guerre, celui qui avait été chassé en 1992 de l’Exécutif par la vox populi – c’est énorme au Liban – n’est pas ce que l’on pourrait qualifier d’idée brillante. Pas évident, si l’on se base sur ce fourmillement de rumeurs, d’ici ou de là, sur les intentions du cabinet à venir. Sur sa nature. Est-ce un gouvernement de confrontation ? Non, disent quelques-uns, qui arguent que si cela avait été le cas, Rafic Hariri aurait été Premier ministre et chef de la diplomatie. Oui, assurent beaucoup d’autres, dont la quasi-totalité de l’opposition, qui appréhendent, en toute légitimité, la dangereuse homogénéité et la monochromie de cette nouvelle équipe. Même placée sous la loupe de la communauté internationale. Qui appréhendent le durcissement militaro-sécuritaire, la loi électorale inique, les tentatives de noyauter telle ou telle formation politique. À commencer par celle de Rafic Hariri, dont quelques membres sont déjà hypersollicités pour participer au gouvernement Karamé. Mais qui, selon des sources autorisées, diront non. De même qu’ils ne nommeront personne, demain, durant les consultations de Baabda – contrairement à leurs collègues berryistes, qui plébisciteront le leader tripolitain. Quoi qu’il en soit, la nomination aujourd’hui du successeur de Rafic Hariri finira de confirmer, après le vote du 3 septembre, l’entrée du Liban dans une période de transition on ne peut plus dangereuse. Le bon plaisir des décideurs est parfois d’une inconscience phénoménale. Ziyad MAKHOUL
La doïka Lahoud-Berry et ses exigences (sur la nature, le volume et la répartition des portefeuilles dans le nouveau gouvernement) auraient-elles eu raison de Rafic Hariri ? L’ont-elles poussé – et avec elles l’idée sans doute très erronée qu’une déclaration présidentielle à New York est bien moins coercitive qu’une nouvelle résolution – vers cette voie de garage dont tout le monde parlait mais à laquelle personne ne voulait croire ? Ou bien cette alliance, très conjoncturelle et très intéressée, serait-elle finalement intervenue à point nommé pour servir au Premier ministre démissionnaire, sur un plateau d’argent, cet immense bol d’air frais dont il a impérativement besoin après quatre ans d’une cohabitation infernale et à quelques mois des législatives, qu’il lui faudra préparer en...