Les tensions ethniques ont commencé à s’exacerber dans la ville pétrolière de Kirkouk entre Kurdes, Arabes et Turcomans à l’approche des élections générales programmées pour janvier 2005. Les trois communautés de la ville du nord de l’Irak, qui s’observent en chiens de faïence sur fond de violences continuelles, ont profité d’une récente rencontre avec le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, de passage dans la ville pour plaider chacune sa cause. « Kirkouk est kurde et on ne peut pas revenir là-dessus », souligne un représentant de l’Union démocratique du Kurdistan (UPK), le parti de Jalal Talabani qui s’est fortement implanté dans la ville après la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003. Pour les Turcomans et les Arabes, la question se pose autrement et les représentants des deux communautés s’inquiètent de l’implantation de nombreux Kurdes dans la ville et sa province de Taamim qui ne sont pas comprises dans la région autonome kurde des provinces du nord. « La ville vit aujourd’hui une campagne de “kurdisation” systématique menée par les partis kurdes », s’indigne le président du Front turcoman, Farouk Abdallah Abdelrahmane. « Notre position est que Kirkouk doit être la ville de toutes les ethnies et de toutes les religions même si son caractère turcoman se manifeste dans sa citadelle, sa vieille caserne et son architecture », affirme-t-il.
Barzani en Turquie
Dans ce contexte de tension, le dirigeant kurde irakien Massoud Barzani, chef de file du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), s’est rendu hier en Turquie pour participer à des discussions sur la situation dans le nord de l’Irak, rapporte la chaîne de télévision CNN Turk. Selon la chaîne, le chef du PDK devrait s’entretenir aujourd’hui avec le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül. Leurs discussions porteraient sur le statut de la ville de Kirkouk, centre stratégique des champs pétrolifères du nord irakien, et sur les rebelles séparatistes kurdes établis dans cette portion du territoire irakien. La situation qui prévaut aujourd’hui dans Kirkouk préoccupe la Turquie, compte tenu notamment des liens entre populations turque et turkmène. De même, Ankara s’inquiète du renforcement de la guérilla séparatiste kurde. Des membres du PKK-Kongragel, un groupe établi dans le nord de l’Irak, opèrent sur le territoire turc.
Par ailleurs, les autorités irakiennes ont renoncé à organiser un recensement de la population à temps pour les élections législatives prévues d’ici au 31 janvier 2005. Selon de hauts responsables samedi, les électeurs seront, à la place, tenus de présenter leurs coupons de rations alimentaires datant du régime de Saddam Hussein avant de mettre leurs bulletins de vote dans l’urne. Cette méthode est susceptible d’entraîner beaucoup plus de fraudes. « Ce recensement est reporté sine die », a confié un responsable irakien sous le couvert de l’anonymat. « C’est très décevant. Comment le pouvoir pourrait-il organiser un scrutin s’il n’est pas capable de recenser sa propre population ? »
Enfin, toujours concernant le dossier électoral, le grand ayatollah Ali Sistani a insisté hier sur la tenue d’élections libres et honnêtes à la date prévue, a déclaré Fouad Massoum, le président du Conseil national irakien, à sa sortie d’un entretien à Najaf avec le plus prestigieux des chefs chiites d’Irak. « Sayyed Sistani continue d’insister également sur la tenue des élections à la date prévue pour janvier 2005 », a déclaré M. Massoum, qui dirige l’Assemblée intérimaire désignée qui doit être remplacée après les élections par un Parlement élu.
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