Macroéconomie
L’annulation de la dette extérieure : chimère et réalité
le 25 septembre 2004 à 00h00
Par Charbel CORDAHI (*)
Depuis plusieurs années, des hommes politiques évoquent la question de la dette extérieure, et des journalistes vont même jusqu’à l’annonce d’une possible annulation de cette dette en contrepartie de la signature d’un accord de paix régional. Dans les faits, la dette nationale, s’élevant à 34 milliards de dollars, est également répartie entre les emprunts en livres libanaises et les emprunts en devises étrangères. La part des gouvernements étrangers, des institutions de développement et des organisations internationales dans la dette extérieure ne dépasse pas 11,4 % du montant total. Le financement des emprunts du gouvernement en devises étrangères provient en majeure partie des placements des institutions financières libanaises. La dette extérieure est dans la réalité intérieure. L’annulation de cette dette n’est pas alors possible, et seuls 1,7 milliards de dollars peuvent être concernés par cette mesure.
L’annulation de la dette externe n’est pas non plus souhaitable. Cette annulation permettrait certes de dégager un excédent budgétaire et de réduire les taux d’intérêt, mais nul n’a la garantie que les dépenses publiques n’augmenteraient pas davantage et qu’il n’y aurait pas de retour à l’emprunt. L’annulation ne permettrait pas non plus de relancer l’activité économique, car le Liban n’est pas victime de l’endettement du secteur privé, mais de celui du secteur public. Hormis la baisse des taux d’intérêt, le secteur privé ne bénéficierait d’aucun avantage financier. Un autre argument en défaveur de l’annulation de la dette externe est le fait qu’elle soit considérée comme une mesure injuste de la part de la communauté internationale. L’expérience des vingt dernières années montre que les pays qui ne peuvent rembourser leurs dettes sont ceux qui sont mal gérés et qui ont gaspillé leurs fonds dans des projets peu rentables. Or jusqu’à présent, le Liban a honoré l’ensemble de ses engagements. Une procédure de demande d’annulation d’une partie de sa dette serait perçue comme un mauvais indicateur par les organismes internationaux et relèverait la notation de risque souverain du pays. L’annulation de la dette ne signifie pas que les dépenses sociales augmenteraient. La nature du régime politique ferait de sorte que de nouveaux fonctionnaires soient recrutés, aux dépens de la construction d’hôpitaux et d’écoles, ou de l’amélioration du système de sécurité sociale. Aussi, l’annulation de la dette extérieure ne permettrait pas de réduire la pauvreté. Seule une croissance soutenue et durable permettrait de réaliser un tel objectif, et ce à travers la création d’emplois et la réduction du chômage.
L’allègement de la dette extérieure et de la dette publique doit être l’objectif principal du gouvernement. La réalisation de cet objectif passe par la réduction du déficit budgétaire, par la baisse des effectifs dans le secteur public et par la prise de mesures assurant l’intégrité de l’Administration. Espérer une annulation gracieuse de cette dette n’est que pure illusion, qui ôterait une contrainte budgétaire importante et laisserait au gouvernement une marge de manœuvre non souhaitable dans le contexte actuel.
(*)économiste, chercheur au Centre de recherches et d’études doctorales (CRED) de l’Esa
Depuis plusieurs années, des hommes politiques évoquent la question de la dette extérieure, et des journalistes vont même jusqu’à l’annonce d’une possible annulation de cette dette en contrepartie de la signature d’un accord de paix régional. Dans les faits, la dette nationale, s’élevant à 34 milliards de dollars, est également répartie entre les emprunts en livres libanaises et les emprunts en devises étrangères. La part des gouvernements étrangers, des institutions de développement et des organisations internationales dans la dette extérieure ne dépasse pas 11,4 % du montant total. Le financement des emprunts du gouvernement en devises étrangères provient en majeure partie des placements des institutions financières libanaises. La dette extérieure est dans la réalité...
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