Sorties de l’ombre de la prude Union soviétique il y a une dizaine d’années, les minorités sexuelles se sont battues pour obtenir une place dans la société russe. Mais les lesbiennes russes disent aujourd’hui être victimes d’une pression croissante.
« Depuis l’an dernier, je ressens une pression de plus en plus forte de la part des organismes gouvernementaux. Mon site Internet est contrôlé, on me pose toutes sortes de questions lorsque je me rends à une conférence, notamment les services de visa quand je pars à l’étranger », déclare Olga Souvorova, responsable de l’association lesbienne moscovite Pinkstar.
« À l’époque de Boris Elstine (l’ancien président russe), c’était beaucoup plus facile d’organiser des manifestations lesbiennes et de rencontrer les politiciens », regrette Olga Souvorova qui, comme de nombreux homosexuels russes, présente le président Vladimir Poutine comme un « total homophobe ».
L’Église orthodoxe, qui a connu un spectaculaire retour de flammes après la disparition de l’athéisme soviétique, compte également parmi ses « ennemis ».
«Récemment, j’ai reçu des lettres de menaces de l’Église orthodoxe. Pour commencer, ils nous ont seulement demandé de fermer notre centre, mais à présent ils menacent de recourir à d’autres moyens si nous ne cessons pas nos activités », s’inquiète-t-elle.
L’homosexualité masculine était passible de cinq ans de prison en Russie, et longtemps les lesbiennes ont risqué l’internement psychiatrique, jusqu’à ce qu’en mai 1993 le président Boris Eltsine retire l’article 121 du Code pénal.
Aujourd’hui, les homosexuels expriment leurs craintes de voir l’homosexualité à nouveau réprimée par la loi.
En avril, un groupe de députés a présenté un amendement réinstaurant des peines d’emprisonnement pour les homosexuels dans le cadre d’un mouvement visant à « renforcer les mœurs de la société et la santé des citoyens ».
Bien que pour beaucoup il s’agisse d’un coup publicitaire, Olga Souvorova affirme que l’amendement a fortement secoué la communauté lesbienne et elle n’exclut pas de voir un jour les homosexuels retourner à la clandestinité. « C’est désagréable et franchement ridicule qu’au moment même où des pays européens autorisent le mariage homosexuel, nous soyons sur le chemin du retour vers l’âge de pierre », dit-elle.
Les lesbiennes de Moscou disent n’avoir aucun espoir d’obtenir prochainement les droits que les homosexuels européens gagnent peu à peu, comme celui de se marier, d’adopter des enfants ou d’avoir des droits parentaux sur l’enfant de leur conjoint. « Sous le régime actuel, tous les droits de l’homme sont réprimés. Et il n’est pas possible de débattre des droits des minorités sexuelles sous un régime autoritaire », déclare Rita, une lesbienne de 21 ans étudiante en sciences politiques à Moscou.
Les lesbiennes moscovites sont pourtant toutes d’accord pour dire que l’opinion publique s’est significativement améliorée à leur égard au cours de la dernière décennie. Mais beaucoup affirment que la vie d’une femme homosexuelle en Russie reste marquée par la peur et la discrimination, ce qui les force à se cacher de leurs familles, collègues et amis.
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« Depuis l’an dernier, je ressens une pression de plus en plus forte de la part des organismes gouvernementaux. Mon site Internet est contrôlé, on me pose toutes sortes de questions lorsque je me rends à une conférence, notamment les services de visa quand je pars à l’étranger », déclare Olga Souvorova, responsable de l’association lesbienne moscovite Pinkstar.
« À l’époque de Boris Elstine (l’ancien président russe), c’était beaucoup plus facile d’organiser des manifestations lesbiennes et de rencontrer les politiciens », regrette Olga Souvorova...