Donc, la diplomatie jumelée libano-syrienne se dépense à fond pour limiter les dégâts du côté de la 1559. En mettant à profit la réunion de l’Onu à New York, Libanais et Syriens, aidés par des pays amis, arabes ou autres, multiplient les contacts explicatifs. Pour obtenir que le rapport Annan tombe comme un sursis et non comme un couperet.
Renier la 1559 ? Non, ce n’est pas ainsi que les Libanais et les Syriens entendent faire face. Mais en insistant sur la nécessité, pour tous sans exception, de respecter les édits de la légalité. Dont l’application ne doit pas être discrétionnaire ou discriminatoire, mais automatique et obligatoire. Encore une fois, pour tous.
Cette insistance est clairement ciblée. Elle signifie que lorsqu’on demande au Liban et à la Syrie de se conformer à la 1559, qui est toute récente, il faut a fortiori exiger d’Israël de se soumettre à la 242, qui remonte à 1967. Ou à la 194, qui date de 1948, pas moins. Sans compter la 338 ou « notre » 425 estampillée 1978.
En soulignant qu’il n’y a aucune mesure entre le sujet de la 1559, qui finalement vise des relations entre deux pays qui ne dérangent personne, et la batterie des autres résolutions, sur laquelle doit se fonder la paix de la région.
En outre, selon ce plaidoyer mixte, un règlement régional englobant la question des réfugiés aussi bien que celle des territoires entraînerait ipso facto la réalisation des conditions posées dans la 1559. Dans ce sens que la présence militaire syrienne au Liban, la résistance armée du Hezbollah, ou encore celle des mouvements palestiniens n’auraient plus lieu d’être.
Cependant, comme le relèvent des diplomates occidentaux et arabes, il est clair qu’il y a litige sur l’ordre de priorité des résolutions de l’Onu. La Syrie et le Liban veulent qu’on fasse passer en premier les textes liés au processus de paix globale. Ce qui signifie qu’Israël doit se retirer du Golan et de Chebaa, tandis qu’on trouverait un arrangement pour les réfugiés palestiniens. Mais Israël, soutenu par les États-Unis, exige que l’on exécute la 1559 sans tarder. Et sans en faire une entrée en matière, et encore moins une sortie, pour des négociations générales. En affirmant qu’il n’est pas possible, qu’il est hors de question, d’envisager de tels pourparlers tant que le Liban laisse au Hezbollah le contrôle de la frontière. Que les Palestiniens des camps gardent leur arsenal. Ou des bureaux qui à partir de Damas planifient des actions sanglantes. Ajoutant que la présence de l’armée syrienne au Liban couvre tout cela.
Toujours est-il que, sur le plan pratique, des diplomates arabes pensent qu’on ne touchera à rien, qu’on gardera le statu quo jusqu’à la présidentielle US. En attendant, on continuerait à discuter dans les coulisses de la 1559 des limites dans lesquelles la 1559 pourrait être exécutée. Selon ces diplomates, personne n’aurait intérêt à mettre le feu aux poudres pour le moment. Ils estiment qu’un retrait des forces syriennes avant la reprise des pourparlers pourrait exposer le Liban à un risque de déstabilisation. De même la neutralisation du Hezbollah pourrait provoquer des secousses à l’intérieur. Ces sources, qui conseillent de temporiser, mettent cependant en garde contre tout blocage concernant la 1559. Les professionnels soulignent en effet qu’en cas d’attitude négative libano-syrienne, le Conseil de sécurité pourrait aller plus loin. En se rabattant sur le chapitre sept qui autorise des sanctions. Ou encore en ordonnant l’envoi d’une force internationale pour replacer, entendre pour déloger, les Syriens.
Il faut donc attendre la présidentielle US. Comme le Dr Philippe Salem le souligne, le résultat peut être déterminant pour cette région. Car, en résumé, Kerry, en tant que nouvel élu aspirant sans doute à un deuxième mandat ultérieur, n’aurait pas les mains aussi libres qu’un Bush réélu, face aux pressions du lobby israélite et de l’État hébreu.
Émile KHOURY
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Renier la 1559 ? Non, ce n’est pas ainsi que les Libanais et les Syriens entendent faire face. Mais en insistant sur la nécessité, pour tous sans exception, de respecter les édits de la légalité. Dont l’application ne doit pas être discrétionnaire ou discriminatoire, mais automatique et obligatoire. Encore une fois, pour tous.
Cette insistance est clairement ciblée. Elle signifie que lorsqu’on demande au Liban et à la Syrie de se conformer à la 1559, qui est toute...