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Actualités - Opinion

Le point L’homme qui voulait être tsar

À défaut de savoir ce qu’il veut, Vladimir Poutine sait ce qu’il ne veut pas. Et au nombre de ses « niet » figure le principe de la négociation avec les rebelles tchétchènes, dont il refuse, quoi qu’il arrive, d’entendre parler. « Il n’existe qu’une façon de procéder avec ces gens-là : par la loi et l’inflexibilité », a-t-il affirmé à Astana, capitale du Kazakhstan, où vient de se tenir le sommet de la Communauté des États indépendants. À l’évidence, le message s’adresse aussi bien aux partisans de Chamil Bassaïev que, d’une manière plus générale, à l’ensemble des peuples de l’ex-Union soviétique dont certains en viendraient à éprouver des velléités d’autonomie. Ceux-là sont étiquetés par avance comme des terroristes, c’est-à-dire « des criminels qui se cachent derrière des slogans politiques, religieux ou nationalistes ». Dès lors, tout dialogue avec eux est jugé d’autant plus impensable qu’ils font partie d’une internationale à laquelle appartient, entre autres, Oussama Ben Laden. Le bon peuple de la Fédération fait-il sienne l’intransigeance de son chef ? Rien ne permet de le penser, même si ces trois dernières semaines ont vu tomber 430 victimes – dont 338 dans la seule Ossétie du Nord – d’une violence aveugle et qu’aucune force organisée ne semble en mesure d’arrêter. Il n’empêche : le langage musclé du maître de la Russie posteltsinienne n’étonnera personne, pas plus les kremlinologues qui ont pu observer le parcours de l’ancien colonel du KGB dans son irrésistible ascension que les spécialistes de l’histoire de l’empire des glaces, marquée par un net penchant pour l’autocratie. Les mesures édictées ces dernières semaines s’inscrivent dans une optique toute tsariste. Muselée, la presse se rabat sur l’Internet pour contourner l’écueil du « filtrage » de l’information ; marginalisée, l’opposition se retrouve incapable de présenter un candidat valable à une quelconque élection ; neutralisés, les adversaires du régime sont de plus en plus nombreux à croupir en prison sous les prétextes les plus divers ; et pour protester contre la montée de l’autoritarisme, ils étaient à peine une centaine, l’autre jour, dans la place jadis Rouge, à l’appel du mouvement Iabloko. Dans la direction des affaires publiques, le chef de l’État a entrepris de rattacher à sa personne, l’une après l’autre, les institutions et de monopoliser ainsi la prise des décisions. Une telle concentration, on vient d’en constater le résultat lors de la tragédie de Beslan : le monde entier a fait assumer à Poutine la responsabilité du chaos qui a prévalu dans le règlement de la prise d’otages et, d’une manière plus générale, les errements dans la recherche d’une solution à l’interminable calvaire de la Tchétchénie. Il est clair – mais pas pour tout le monde, semble-t-il – qu’on ne résout pas le problème complexe du séparatisme en s’acharnant à mettre sur pied des gouvernements de marionnettes, en déclenchant des expéditions militaires punitives et en maquillant les résultats des consultations populaires tout en renforçant son emprise sur l’appareil étatique. Ainsi, en vertu du dernier amendement apporté au système en vigueur, les 89 gouverneurs russes, jusque-là élus au suffrage populaire, devront céder la place à des remplaçants directement nommés par le président. L’étalage de muscles se double d’une multiplication de gestes en faveur des départements ayant la charge de la sécurité, qui viennent de bénéficier d’une injection supplémentaire de 157 milliards de roubles, soit 5,4 milliards de dollars. À eux trois, le tout-puissant FSB, le ministère de l’Intérieur et la section du contre-espionnage recevront une enveloppe de 1,71 milliard de dollars, 3,66 milliards devant par ailleurs être alloués à la Défense. L’utilité de toutes ces mesures, on ne la voit que fort mal pour l’instant tant il est vrai que les bourreaux des 1 200 otages de l’école ossète ont largement atteint leur but : ridiculiser le pouvoir central et le faire apparaître tel qu’il est, c’est-à-dire faible, corrompu, désorganisé. Rien n’empêchera désormais la théorie des dominos, chère au cœur des stratèges américains de l’immédiate après-guerre, de trouver son application dans le Caucase, où d’anciennes marches recommencent à s’agiter. Imperturbable devant une aussi effrayante éventualité, le Kremlin poursuit son entreprise de consolidation, sans doute convaincu, avec Ibn Khaldoun, que « l’homme est le seul animal qui ne peut vivre sans une direction ». Malgré les risques énormes qui sont pris de part et d’autre, l’Amérique ne proteste que timidement, comme pour se donner bonne conscience. Le porte-parole de la Maison-Blanche a fait valoir que « la lutte contre le terrorisme passe non pas par des entraves aux libertés, mais par davantage de démocratie ». Colin Powell de son côté a laissé entendre qu’il évoquera ce problème lors de sa rencontre, la semaine prochaine à New York, avec son homologue russe Serguei Lavrov dans le cadre des débats de l’Assemblée générale des Nations unies. Le chef de la diplomatie américaine aura fort à faire pour expliquer les prises de position favorables aux indépendantistes de Grozny de certains centres basés à Washington et où se décide, entre autres, quelques-unes des grandes lignes de la politique US. Dont notamment la carte du « Grand Moyen-Orient ». Christian MERVILLE
À défaut de savoir ce qu’il veut, Vladimir Poutine sait ce qu’il ne veut pas. Et au nombre de ses « niet » figure le principe de la négociation avec les rebelles tchétchènes, dont il refuse, quoi qu’il arrive, d’entendre parler. « Il n’existe qu’une façon de procéder avec ces gens-là : par la loi et l’inflexibilité », a-t-il affirmé à Astana, capitale du Kazakhstan, où vient de se tenir le sommet de la Communauté des États indépendants. À l’évidence, le message s’adresse aussi bien aux partisans de Chamil Bassaïev que, d’une manière plus générale, à l’ensemble des peuples de l’ex-Union soviétique dont certains en viendraient à éprouver des velléités d’autonomie. Ceux-là sont étiquetés par avance comme des terroristes, c’est-à-dire « des criminels qui se cachent derrière des...