Amateurs de fortunes rapides et de chemises rouges, contourner l’enclos. En Espagne, où la corrida demeure l’art des émotions fortes, l’élevage de taureaux se vit comme une passion.
La corrida, c’est le cœur de l’héritage culturel ibérique, vous vanteront les « aficionados », là où les défenseurs des animaux voient un spectacle cruel et rétrograde. « Les taureaux sont ma vie », explique plus simplement Victoriano del Rio, un éleveur taurin de 64 ans, en parcourant les prairies de la sierra de Madrid. Chez les Del Rio, à Guadalix de la sierra, à environ 50 km de la capitale espagnole, on est éleveur de père en fils depuis 1778.
« On peut parler d’une passion de famille », dit-il de sa voix rocailleuse, pendant que son troupeau de 70 têtes broute, l’œil hagard dans la fournaise du mois d’août. « Ce n’est pas l’élevage taurin qui fera de vous un homme riche. Un taureau de premier choix se vendra 18 000 euros. Mais d’autres n’atteignent souvent que le quart de ce prix. Alors il faut trouver d’autres sources de revenus et cultiver la terre », explique Victoriano del Rio.
« Mais ce qui nous motive, c’est la corrida. Ceux qui s’impliquent dans l’élevage de “toros” sont bien sûr très amateurs de corrida », ajoute-t-il.
La sierra des alentours de Madrid et l’Andalousie, à l’extrême sud du pays, sont les deux grandes terres de prédilection de ce noble élevage. Et si les lointains descendants du Minotaure se voient inculquer un farouche esprit de compétition, les éleveurs ne se considèrent pas comme des rivaux.
« Nous entretenons souvent des relations amicales, dit-il. Si l’un d’entre nous possède un bon taureau, alors nous aimons être au courant pour pouvoir mélanger les meilleurs sangs », explique-t-il.
« Un “toro bravo” (taureau de combat) ne doit pas être couard. Il doit remplir des critères physiques particuliers », explique l’éleveur en pointant du doigt l’un de ses préférés, un spécimen imposant à robe noire et grise épargné pour sa bravoure lors d’une corrida aux arènes de Nîmes (sud de la France). « Tous ont leur beauté propre. Envoyer un taureau à une corrida, c’est un peu comme choisir une danseuse. Il doit être en parfaite condition physique, et ça c’est notre travail. »
Del Rio et ses collègues ont à cœur d’envoyer aux corridas des bêtes particulièrement agressives qui tiendront le public en haleine jusqu’à la mise à mort. « Il n’est pas question d’envoyer aux arènes un taureau craintif qui garde la tête basse. Mais l’exigence du public, des toreros, et l’influence de la télévision qui retransmet toutes les grandes corridas nous obligent à fournir des taureaux de premier choix en plus grand nombre », poursuit Del Rio. « Nous devons être sûrs avant la corrida que les taureaux que nous avons sélectionnés vont inspirer la crainte et garantir un grand spectacle », dit-il.
L’an dernier, la ville de Barcelone, dans un texte municipal dépourvu de valeur juridique, avait demandé l’abolition des spectacles taurins, qualifiés de « pratique cruelle ». « Le taureau est un être vivant né pour mourir dans l’arène », s’énerve Del Rio à cette évocation. « Et tous ces enfants qui meurent de faim en Afrique et en Inde, ou d’abus de cocaïne? Ce n’est pas de la cruauté ça? » Del Rio dort avec la conscience tranquille de celui qui vit ses rêves. S’il peine parfois à trouver le sommeil, il compte les taureaux, pas les moutons: « Je rêve de taureaux magnifiques. Je rêve en pensant à eux comme vous rêveriez de vos enfants. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Amateurs de fortunes rapides et de chemises rouges, contourner l’enclos. En Espagne, où la corrida demeure l’art des émotions fortes, l’élevage de taureaux se vit comme une passion.
La corrida, c’est le cœur de l’héritage culturel ibérique, vous vanteront les « aficionados », là où les défenseurs des animaux voient un spectacle cruel et rétrograde. « Les taureaux sont ma vie », explique plus simplement Victoriano del Rio, un éleveur taurin de 64 ans, en parcourant les prairies de la sierra de Madrid. Chez les Del Rio, à Guadalix de la sierra, à environ 50 km de la capitale espagnole, on est éleveur de père en fils depuis 1778.
« On peut parler d’une passion de famille », dit-il de sa voix rocailleuse, pendant que son troupeau de 70 têtes broute, l’œil hagard dans la fournaise du mois d’août. «...