L’Iran a brisé des scellés apposés par l’AIEA sur des centrifugeuses servant à la production d’uranium enrichi à Natanz, composant nécessaire à la mise au point de l’arme nucléaire, a indiqué hier à Vienne un diplomate occidental sous le couvert de l’anonymat. « Cette décision indique que l’Iran a repris la fabrication et l’assemblage de centrifugeuses », revenant sur un engagement qu’il avait pris l’an dernier de suspendre volontairement toutes ses activités d’enrichissement d’uranium, a ajouté le diplomate. « Toutefois, Téhéran n’a pas repris ses opérations d’enrichissement d’uranium à proprement parler », a précisé un autre diplomate, soulignant que la république n’avait « pas l’obligation légale » de suspendre l’enrichissement.
L’Iran a décidé de reprendre la fabrication de centrifugeuses parce qu’il juge que les États-Unis sont obnubilés par l’élection présidentielle du 2 novembre et les Européens trop divisés pour exercer de réelles pressions sur lui, ont estimé en substance des sources diplomatiques dans la capitale autrichienne.
« C’est une manœuvre, peut-être un acte de défi » avant des discussions que Téhéran doit avoir avec les Européens « cette semaine, à Londres ou à Paris », a déclaré un diplomate occidental.
Hier à Téhéran, le vice-président de la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Sécurité nationale, Mohamoud Mohammadi, a averti que le nouveau Parlement conservateur iranien ne ratifierait pas le protocole additionnel au TNP tant que l’AIEA n’aurait pas classé le dossier nucléaire de la République islamique, dossier qui devrait une nouvelle fois être examiné lors de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs, à partir du 13 septembre à Vienne.
L’Iran, que les Occidentaux soupçonnent de vouloir mettre au point la bombe atomique sous couvert d’un programme nucléaire civil, avait accepté en octobre 2003, à la suite d’une visite des ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique, de suspendre unilatéralement et temporairement ses activités d’enrichissement. Il s’était en outre engagé à coopérer pleinement avec l’AIEA, l’agence de contrôle et de sûreté nucléaires des Nations unies, pour faire toute la lumière sur son programme nucléaire et à appliquer le protocole additionnel au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) avant même de l’avoir ratifié. Mais l’arrangement avait été remis en question fin juin, quand l’Iran avait annoncé qu’il reviendrait sur son engagement de suspendre la production et l’assemblage de centrifugeuses de type P2. Cette annonce avait été faite après que le Conseil des gouverneurs, l’organe exécutif de l’AIEA, eut reproché à l’Iran son manque de coopération et l’eut mis en demeure de fournir tous les renseignements demandés pour prouver qu’il ne cherchait pas à acquérir l’arme nucléaire.
L’Iran accuse les trois européens – France, Allemagne et Grande-Bretagne – de ne pas avoir rempli leur part du contrat qui consistait, selon lui, à faire en sorte que le dossier nucléaire iranien soit refermé par l’AIEA à la fin juin.
Téhéran rejette une coopération directe avec les États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme
Un des ténors du Parlement iranien, Mohamoud Mohammadi, a dénoncé les intentions des États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme et affirmé que la République islamique n’a pas l’intention de coopérer directement avec Washington dans la lutte contre el-Qaëda.
Vice-président de l’influente commission parlementaire des Affaires intérieures et de la Sécurité nationale, M. Mohammadi a également réfuté les accusations américaines faisant état d’un lien entre l’Iran et le réseau terroriste d’Oussama Ben Laden.
Il répondait là à certaines conclusions du rapport de la commission d’enquête américaine sur les attentats du 11 septembre, rendu public le 22 juillet et selon lequel huit à dix kamikazes ayant participé à ces attaques auraient transité par l’Iran pour rejoindre leurs camps d’entraînement en Afghanistan. Le rapport estime que les autorités iraniennes ont fermé les yeux sur leur passage, voire qu’elles l’ont facilité. « Même s’ils sont réellement passés par l’Iran, cela ne prouve rien. Ce n’est pas simplement parce qu’ils ont traversé un pays quelconque que ce pays a une part de responsabilité » dans ce qui est arrivé le 11 septembre 2001, a ajouté M. Mohammadi, ancien diplomate et porte-parole des Affaires étrangères.
Les États-Unis soupçonnent fortement l’Iran d’avoir partie liée avec el-Qaëda et l’accusent de donner asile à des membres du réseau de Ben Laden ayant fui l’Afghanistan après la campagne américaine contre les talibans, lancée à l’automne 2001. Washington est renforcé dans ses présomptions par l’attitude de Téhéran qui, après la parution d’articles dans la presse arabe, a dû reconnaître détenir des membres d’el-Qaëda, mais refuse toujours de dire leur nombre et de donner leur identité, se bornant à dire que certains sont de hauts responsables du réseau et qu’ils seront jugés par la justice iranienne.
Pourtant, l’Iran chiite a toujours condamné l’idéologie de la milice fondamentaliste sunnite des talibans, et a même soutenu financièrement et armé son ennemi, l’Alliance du Nord du commandant Massoud.
« En ce qui concerne el-Qaëda et les talibans, il n’y a jamais eu la moindre ambiguïté de notre part », dit M. Mohammadi, démentant que les affidés de Ben Laden puissent bénéficier du soutien de certains responsables radicaux iraniens, ainsi que le laisse entendre Washington.
Pour M. Mohammadi, les accusations permanentes de Washington à l’égard de la République islamique et la protection que les États-Unis ont accordée en Irak au principal groupe d’opposition armé au régime de Téhéran ne peuvent que pousser l’Iran à refuser de coopérer avec Washington. « Nous sommes prêts à combattre le terrorisme, mais pour cela, il faut des règles qui soient acceptées et respectées par tous », a-t-il dit, reprochant aux États-Unis d’avoir une politique biaisée en la matière et de mener « leur guerre contre le terrorisme avec des a priori politiques ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Iran a brisé des scellés apposés par l’AIEA sur des centrifugeuses servant à la production d’uranium enrichi à Natanz, composant nécessaire à la mise au point de l’arme nucléaire, a indiqué hier à Vienne un diplomate occidental sous le couvert de l’anonymat. « Cette décision indique que l’Iran a repris la fabrication et l’assemblage de centrifugeuses », revenant sur un engagement qu’il avait pris l’an dernier de suspendre volontairement toutes ses activités d’enrichissement d’uranium, a ajouté le diplomate. « Toutefois, Téhéran n’a pas repris ses opérations d’enrichissement d’uranium à proprement parler », a précisé un autre diplomate, soulignant que la république n’avait « pas l’obligation légale » de suspendre l’enrichissement.
L’Iran a décidé de reprendre la...