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Actualités - Reportage

PRÉSIDENTIELLE US Dans les coulisses peu étanches de la Convention démocrate (photo)

WASHINGTON, de notre correspondante Irène MOSALLI Tous les regards sont désormais braqués sur la ville de Boston où se déroule, depuis lundi et jusqu’à jeudi, la Convention démocrate au cours de laquelle John Kerry sera officiellement désigné candidat du parti à la présidentielle américaine. Un événement passé au crible par les médias et le public et dont les coulisses sont devenues, par là même, réellement poreuses. Première règle : ne pas vilipender le président Bush Le mot d’ordre donné par le candidat Kerry et les autres grands pontes du parti à tous les délégués et intervenants de cette convention est simple : s’abstenir, en toutes circonstances, de vilipender le président Bush et de s’attaquer à lui. Il s’agit ici avant tout de convaincre l’électorat de voter « pour » Kerry et son programme (une amélioration de la sécurité intérieure, de l’économie, de l’éducation et du système de soins médicaux ainsi qu’une baisse du chômage) et non « contre » Georges W. Bush. « Nous ne sommes pas Michael Moore, explique le directeur du Comité national démocrate, Terry McAuliffe. Nous nous concentrerons sur nos propositions et nos convictions et non sur celles des autres. » Seuls Ted Kennedy, dont Boston est le fief, et Al Gore ont obtenu un feu vert pour émettre des critiques « raisonnables ». Michael Moore invité par le Black Caucuse Committee C’est sans doute parce que l’on cherche à calmer le jeu que le réalisateur de Fahrenheit 9/11 (film dont les recettes ont atteint ce week-end cent millions de dollars) a été invité à cette convention par le Black Caucuse Committee et non pas par le comité démocrate. Ce qui ne l’a pas pour autant incité à mettre de l’eau dans son vin. Lors d’une interview télévisée, le réalisateur lauréat du Festival de Cannes a déclaré que les gens étaient venus voir au cinéma « ce qu’on leur cachait dans la réalité » et s’en est pris aux médias qui, avant la guerre en Irak, n’avaient pas cherché à mieux connaître la situation. L’appui total de Bill et Hillary Clinton Si l’intervention de Bill Clinton et de son épouse ont été un point fort de la convention, le comité organisateur a toutefois fait bien attention à ce qu’ils ne volent pas la vedette au candidat Kerry. D’où leur programmation lundi soir, soit trois jours avant que John Kerry ne prenne la parole. Remarquable discours de Jimmy Carter L’ancien président des États-Unis, 80 ans, prix Nobel de la paix, arbitre de plusieurs conflits internationaux et avocat des droits de l’homme pouvait, lui, se permettre de porter sur l’Administration actuelle un jugement plus dur tout en y mettant les formes. Jimmy Carter a ainsi plaidé pour une Amérique qui mérite mieux que d’être « dirigée par des responsables qui la mènent vers de mauvaises routes », une Amérique qui ne se lance pas dans « des guerres non nécessaires et qui ne soit plus isolée du reste du monde ». L’Amérique « a besoin d’un leader qui restaurera le jugement et la maturité dont manque ce gouvernement et qui rendra à notre nation son âme. Cet homme est John Kerry », a-t-il conclu. 40 000 dollars par semaine pour un studio de TV Le premier balcon du Fleet Center, où se déroulent les rencontres, a été réservé aux différentes chaînes de télévision souhaitant diffuser leurs programmes en direct. Chaque espace, ainsi transformé en studio, a été loué à 40 000 dollars par semaine. Chaque chaîne a en outre placardé, à l’extérieur de ce studio, son nom de manière à être bien visible. Hier, les deux chaînes satellisables arabes, al-Jazira et al-Arabiya, ont toutefois été priées d’enlever leurs logos. Si leur présence est acceptée, ainsi que le paiement du loyer, elle doivent toutefois se faire discrètes. À noter que 15 000 journalistes américains et 2 000 journalistes étrangers couvrent la convention. La part du lion à la CNN La CNN a été la seule chaîne à avoir obtenu l’autorisation d’occuper le « floor », l’espace où sont installés le podium et les premiers rangs de l’assistance. Un traitement de faveur qui s’explique par la couverture par CNN, depuis deux semaines déjà, des préparatifs de l’événement à Boston. La chaîne américaine est en outre la seule à le retransmettre en direct, depuis son ouverture, 24 heures sur 24. Les autres chaînes ne lui consacreront, en effet, que quelques heures par jour. Silence radio pour Bush comme le veut la tradition Respectant la tradition, le président Bush s’est retiré dans son ranch à Crawford et ne fera pas campagne pour la durée des célébrations démocrates. Il en sera de même pour John Kerry, fin août, lors de la Convention républicaine à New York. La règle veut également que le mois de juillet soit réservé au candidat qui n’est pas au poste présidentiel, et le mois d’août au président en exercice. L’actuel président ne restera toutefois pas les bras croisés. Après avoir étudié avec ses proches collaborateurs (notamment Condoleezza Rice et Dick Cheney) le rapport sur les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush a annoncé avant-hier qu’il appliquerait, dès septembre prochain, les recommandations faites par la commission d’enquête à ce sujet. De quoi marquer des points pendant la convention de ses adversaires. 15 millions de dollars pour la sécurité de Boston Une véritable fortune a été dépensée pour assurer la sécurité de la ville de Boston durant cet événement. Le dispositif qui a été mis en place à cet effet a ainsi coûté la bagatelle de 15 millions de dollars. Outre le quartier général de la police, à partir duquel elle peut suivre les moindres mouvements de tout un chacun, les nombreux agents de sécurité sont tous équipés d’un mini-ordinateur qui leur permet d’effectuer une surveillance similaire. Le périmètre où évoluent les participants est totalement bouclé, y compris le secteur des hôtels. De quoi sérieusement compliquer le quotidien des habitants de Boston. Cheney surpasse Teresa Kerry en matière d’insulte Ils sont peu à avoir critiqué la verdeur du langage employé par l’épouse de John Kerry, Teresa Heinz Kerry, qui a tancé un journaliste travaillant pour un média d’extrême droite. Beaucoup se sont au contraire accordés à louer son franc-parler et sa spontanéité. À noter que du côté républicain, on ne surveille pas davantage son langage. Il y a quelques semaines, en plein Sénat, le vice-président Dick Cheney, furieux contre le sénateur démocrate Patrick Leahy, lui avait tout simplement jeté à la figure un retentissant « F…you. » Il avait, par la suite, précisé s’être senti beaucoup mieux après avoir vidé son sac. Un parti jamais aussi uni De mémoire de démocrate, on n’avait jamais vu le parti aussi uni. Auparavant, des voix s’était toujours élevées contre le choix majoritaire. L’une des plus célèbre étant celle de Jesse Jackson. Cette année, les concurrents de Kerry à l’investiture démocrate (Howard Dean et Denis Kucinich) sont, en fin de compte, venus lui apporter leur soutien. Il est vrai que pour cette présidentielle, les démocrates sont parvenus à s’accorder sur leur dénominateur commun : empêcher George W. Bush de rester à la Maison-Blanche. Idaho, traditionnellement républicain, tourne casaque L’Idaho vient de retourner sa veste. Depuis 1964, cet État vote systématiquement républicain. Mais aujourd’hui, ses représentants ne cachent plus leur insatisfaction et annoncent leur intention de se tourner vers les démocrates dont ils estiment qu’ils pourront apporter des « solutions » à leurs problèmes. Ralph Nader n’est pas le bienvenu Parce qu’il fustige aussi bien les leaders démocrates que républicains, qu’il accuse d’être sous la coupe des grandes entreprises régissant l’Amérique et le monde, Ralph Nader n’a pas été convié à la convention. Sans compter que celui qui se présente à la présidentielle en tant qu’indépendant risque de faire prendre des voix à Kerry, comme ce fut le cas pour Al Gore. Le très conservateur « Drudge report » contre les Kerry Le Drudge Report, une publication conservatrice diffusée sur le Net, a publié une photo peu flatteuse du candidat Kerry durant sa visite avant-hier à la Nasa. On y voit John Kerry, vêtu d’une tenue spatiale, ramper dans la fusée. Cette même publication évoque en outre une ancienne interview accordée par Teresa Kerry, lorsqu’elle était encore Mme John Heinz et républicaine de surcroît, dans laquelle elle traite Ted Kennedy (aujourd’hui un grand supporter de son actuel mari) de « démocrate putride ».

WASHINGTON, de notre correspondante Irène MOSALLI

Tous les regards sont désormais braqués sur la ville de Boston où se déroule, depuis lundi et jusqu’à jeudi, la Convention démocrate au cours de laquelle John Kerry sera officiellement désigné candidat du parti à la présidentielle américaine. Un événement passé au crible par les médias et le public et dont les coulisses sont devenues, par là même, réellement poreuses.

Première règle : ne pas
vilipender le président Bush
Le mot d’ordre donné par le candidat Kerry et les autres grands pontes du parti à tous les délégués et intervenants de cette convention est simple : s’abstenir, en toutes circonstances, de vilipender le président Bush et de s’attaquer à lui. Il s’agit ici avant tout de convaincre l’électorat de voter « pour » Kerry et...