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COURRIER Plaidoyer pour des espaces culturels à Beyrouth (photo)

La nouvelle a circulé à Paris que le théâtre al-Madina de Beyrouth était en difficulté. Beaucoup de Libanais de la Ville lumière suivent avec intérêt les événements culturels qui ont lieu au Liban. Vivant dans une des capitales de la culture contemporaine, ils sont particulièrement sensibles à l’importance du culturel pour le présent et l’avenir d’un pays. Avant-guerre, Beyrouth était, à sa mesure, une véritable capitale culturelle pour tout le Machrek et même au-delà. La ville a d’ailleurs servi d’exemple à d’autres villes arabes, que ce soit Le Caire, Tunis ou Rabat, pour ne citer que celles-ci. Al-Madina est dirigé par Nidal Achkar, qu’il n’est pas nécessaire de présenter pour ce qui est de son importance dans le domaine du théâtre libanais. Son rayonnement comme actrice de théâtre, de cinéma et télévision, comme de metteur en scène dépend de sa personnalité sur scène, de son talent et d’une véritable formation théâtrale aux côtés, surtout, de la fameuse Joan Littlewood. Dans un pays comme le Japon, pareil personnage serait considéré « trésor national » et soutenu à fond par l’État aussi bien que par le public. Je parle ici objectivement et non pas en tant qu’amie bien que j’aie suivi sa carrière depuis très longtemps et que je compte, bien sûr, parmi ses amies. Il y avait à Beyrouth, et ce depuis les débuts du XXe siècle, un théâtre qui s’appelait le Grand théâtre. Ce théâtre était célèbre car il s’y produisait non seulement des œuvres libanaises mais aussi des pièces égyptiennes de la grande période du théâtre égyptien et des pièces internationalement connues. Enfant, je me rappelle y avoir été amenée à écouter la célèbre Oum Kalsoum... Dans la salle il y avait, à part les Libanais, des familles entières venues de Syrie, d’Irak et de Palestine... (comme, plus d’une trentaine d’années après, au Festival de Baalbeck, pour la même Oum Kalsoum et pour Feyrouz). Le Grand théâtre devait être rénové et rendu à sa vocation première. Rien ne fut fait, et c’est plutôt grave. Nous n’avons presque pas de bâtiments historico-culturels qui sont debout encore, et tromper une attente légitime du public à cet égard est vraiment impardonnable. Il est temps que dans des dépenses de l’ordre des 40 milliards de dollars qui constituent la dette du pays, plus les dizaines et centaines de millions de dollars qui furent prêtés ou donnés au Liban, depuis la fin de la guerre, on ait pu ou qu’on puisse réaliser une seule œuvre culturelle d’intérêt national. Le Musée national de Beyrouth, dont la reconstruction doit beaucoup à l’intiative de Mona Hraoui, est un exemple (rare !) de ce qui peut être fait si l’État et le privé travaillaient ensemble pour la culture. Je pense que, comme avant-guerre il y avait un théâtre, le Théâtre du festival, fondé par Souad Najjar et dont l’existence permit à un théâtre libanais d’ailleurs fort intéressant de prendre pied, il faut qu’il y ait un (au moins un) théâtre qui serait géré par un comité comme celui du Festival de Baalbeck. On pourrait créer un comité qui se chargerait d’acheter les locaux d’al-Madina, qui pourrait, s’il le juge nécessaire, travailler avec Nidal Achkar comme directrice de ce théâtre et acquérir, dans un partenariat État/entreprises privées, les fonds de roulement nécessaires. Nos politiciens en général sont victimes de cette notion que la politique n’a pas besoin de la culture (j’aurais eu envie d’affirmer le contraire, mais passons...). Les activités culturelles d’un pays sont la composante majeure de son fondement. Je pense à l’Allemagne d’après-guerre, à l’Union soviétique, détruites... qu’est-ce qui les a remises sur pied sinon, bien sûr, le travail de leurs citoyens et, en premier lieu, leurs énormes efforts culturels qui ont contrebalancé le triste souvenir de leurs dictatures? Disons les choses comme elles sont: il y a dans le monde quelques dizaines de milliardaires libanais (dont certains ont toujours eu de l’argent pour acheter des armes). Ne pourraient-ils pas être sollicités pour que ce pays que nous prétendons aimer ait au moins un lieu, un ciné-club, une viédothèque, une salle de théâtre quelque peu subventionné... Prenons en mains ces questions et faisons enfin quelque chose! Etel ADNAN
La nouvelle a circulé à Paris que le théâtre al-Madina de Beyrouth était en difficulté. Beaucoup de Libanais de la Ville lumière suivent avec intérêt les événements culturels qui ont lieu au Liban. Vivant dans une des capitales de la culture contemporaine, ils sont particulièrement sensibles à l’importance du culturel pour le présent et l’avenir d’un pays.
Avant-guerre, Beyrouth était, à sa mesure, une véritable capitale culturelle pour tout le Machrek et même au-delà. La ville a d’ailleurs servi d’exemple à d’autres villes arabes, que ce soit Le Caire, Tunis ou Rabat, pour ne citer que celles-ci.
Al-Madina est dirigé par Nidal Achkar, qu’il n’est pas nécessaire de présenter pour ce qui est de son importance dans le domaine du théâtre libanais. Son rayonnement comme actrice de théâtre, de...