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Libre et impénitent, l’« espion nucléaire » Vanunu embarrasse Israël

Libre et sans regrets, « l’espion nucléaire » israélien Mordechaï Vanunu a pris le monde à témoin sur le programme atomique de l’État hébreu, défiant ses responsables qui espéraient étouffer sa voix. Des responsables sécuritaires israéliens, cités hier par la presse, mais non identifiés, ont reconnu que les mesures limitant la liberté de mouvement et de parole de M. Vanunu, doublées d’une campagne de dénigrement inspirée d’en haut, avaient eu exactement l’effet inverse de celui escompté. Ainsi, la libération de l’homme qui avait payé de 18 ans de prison sa divulgation au Sunday Times britannique des secrets atomiques d’Israël a fait l’objet d’une extraordinaire couverture médiatique dans le pays et à l’étranger. Les Israéliens ont pu voir sur leurs trois chaînes de télévision – qui pour la circonstance avaient interrompu leurs programmes réguliers – Vanunu faire le « V » de la victoire et proclamer en anglais qu’il était « fier et heureux » de ses révélations. Des partisans de Vanunu, surtout étrangers, ont également célébré sa libération alors que des extrémistes de droite conspuaient ce « traître » et tentaient même de le lyncher. « Tout cela n’était guère réjouissant et ne témoignait certainement pas du bon sens des responsables de la Défense qui s’avèrent de vrais maniaques de la sécurité », relevait hier le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot. Le journal accuse l’actuel chef du service de sécurité interne de la Défense Yihiel Horev et d’autres responsables sécuritaires d’avoir tenté de « diaboliser » Vanunu en se servant des médias. Si la stratégie a enregistré un certain succès dans un premier temps, « le ton a cependant nettement changé au cours des derniers jours », constate le politologue Yoram Peri. « Pour la première fois, la télévision publique a présenté un portrait plus nuancé de Vanunu et tenté d’expliquer ses motivations sans le salir », déclare ce spécialiste en communication. Il note surtout que « pour la première fois en Israël, la question de la force nucléaire fait l’objet d’un débat public » ce qui en soi, selon lui, « constitue un grand succès pour Vanunu ». Un scientifique israélien, le physicien Uzi Even, a ainsi demandé mardi lors d’un débat télévisé la fermeture de la centrale de Dimona, à cause des risques d’accidents que provoquerait selon lui son vieillissement. « Aux États-Unis, des centrales qui comme Dimona fonctionnent depuis plus de 40 ans sont mises hors service », a déclaré le professeur Even, officier supérieur de réserve, ancien député du parti Meretz (gauche), et qui fut l’un des responsables de la centrale de 1962 à 1967. Des représentants de la commission à l’énergie atomique ont en revanche assuré que « la centrale est constamment rénovée » et que le réacteur est maintenu au plus haut niveau de sécurité, sous une supervision constante. Israël n’a jamais reconnu disposer d’un arsenal nucléaire, mais des experts étrangers, sur foi notamment du témoignage de M. Vanunu, ont affirmé que l’État hébreu avait produit de 100 à 200 têtes nucléaires. Israël est l’un des très rares pays à ne pas avoir signé le traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Il refuse de soumettre ses installations nucléaires à l’inspection de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Libre et sans regrets, « l’espion nucléaire » israélien Mordechaï Vanunu a pris le monde à témoin sur le programme atomique de l’État hébreu, défiant ses responsables qui espéraient étouffer sa voix.
Des responsables sécuritaires israéliens, cités hier par la presse, mais non identifiés, ont reconnu que les mesures limitant la liberté de mouvement et de parole de M. Vanunu, doublées d’une campagne de dénigrement inspirée d’en haut, avaient eu exactement l’effet inverse de celui escompté. Ainsi, la libération de l’homme qui avait payé de 18 ans de prison sa divulgation au Sunday Times britannique des secrets atomiques d’Israël a fait l’objet d’une extraordinaire couverture médiatique dans le pays et à l’étranger.
Les Israéliens ont pu voir sur leurs trois chaînes de télévision – qui...