Attentats aveugles, bavures américaines, attaques rebelles ratées : combien de civils sont tués chaque jour en Irak ? Les bilans sont sous-évalués, affirment des ONG. « La seule façon d’établir l’importance réelle des victimes serait de créer une commission officielle sur les morts de civils, dotée d’une méthode de comptage explicite, avec une vérification externe de ce travail par un organisme indépendant des États-Unis et de la Grande-Bretagne », souligne John Slobodan, un des fondateurs du site (http ://www.iraqbodycount.net/).
Iraqbodycount, en se basant sur les rapports de la presse internationale, actualise régulièrement son évaluation du nombre de civils tués depuis le début de l’intervention militaire en Irak en mars 2003. Sa fourchette allait hier de 11 164 à 13 118 morts. D’une façon générale, la confusion régnant en Irak est peu propice à l’exactitude. Les bilans, qu’ils viennent de la force multinationale ou des autorités irakiennes, sont souvent inexacts.
Mardi dernier, des soldats américains ont ouvert le feu sur une voiture qui doublait leur convoi à Bagdad, tuant un Irakien juste devant un hôtel peuplé de journalistes étrangers qui ont vite dénoncé l’apparente bavure. Ce décès aurait-il été comptabilisé dans d’autres circonstances ? « Des familles vont enterrer directement leurs morts, surtout par forte chaleur. Et dans ce cas, qui le sait ? » remarque le Pr Slobodan.
Cet universitaire enseignant à Keele (Royaume-Uni), qui a étudié les répercussions sur les civils des bombardements de l’Otan en ex-Yougoslavie, assure aussi que les corps déchiquetés par les attentats ne sont pas conduits à l’hôpital et donc échappent aux recensements. D’avril 2003 à avril 2004, il n’y a, selon lui, « aucun chiffre officiel » à exploiter. Depuis avril 2004, le ministère de la Santé assure centraliser les données venant des hôpitaux. Selon ces statistiques, environ 400 Irakiens ont été tués et plus de 1 600 blessés dans les violences, depuis la formation le 1er juin du gouvernement intérimaire d’Iyad Allaoui.
Néanmoins, des spécialistes indépendants affirment que ces chiffres sont « sous-évalués ». « Il y a une situation si chaotique dans les hôpitaux qu’on ne peut jamais être sûr. À Nassiriyah ou à Najaf, durant les violences, les gens étaient souvent conduits dans de petits hôpitaux qui ne tiennent pas de registres », a expliqué Raed Jarrar, directeur de la Campagne en faveur des victimes innocentes des conflits (CIVIC). De plus, a-t-il estimé, « ni les autorités irakiennes ni les forces américaines n’ont intérêt à disposer des chiffres exacts, qui sont politiquement incorrects ». Faire la tournée régulière des morgues permettrait, selon lui, d’avoir un meilleur bilan des civils tués dans le pays.
Quant à John Slobodan, il reconnaît que « si les morts ne sont pas rapportés par la presse, alors nous sommes dans l’incapacité d’en faire état ».
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Iraqbodycount, en se basant sur les rapports de la presse internationale, actualise régulièrement son évaluation du nombre de civils tués depuis le début de l’intervention militaire en Irak en mars 2003. Sa fourchette allait hier de 11 164 à 13 118 morts. D’une façon...