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Actualités - Chronologie

VOCABULAIRE Bernard Pivot : tout un livre pour sauver les mots

Coquecigrue, barguigner, faquin, gommeux: ces vieux mots de la langue française, et beaucoup d’autres, sont menacés de disparition. Saperlipopette! s’est écrié Bernard Pivot, qui n’a qu’une crainte: voir ses mots chéris expulsés des dictionnaires courants. Pour tenter de les faire survivre, «saint Bernard du vocabulaire» lance une nouvelle croisade, dans son dernier livre 100 mots à sauver (Éd. Albin Michel). Chacun des termes répertoriés dans cet épatant petit livre est expliqué puis remis dans son «milieu naturel» grâce à une citation d’écrivain. «On s’emploie avec raison à sauver toutes sortes d’espèces d’oiseaux, d’insectes, d’arbres, de plantes, de grosses et de petites créatures bien vivantes, mais menacées de disparition. Des mots, eux aussi, pour d’autres raisons que la chasse, la pollution et l’argent, meurent», écrit l’ancien présentateur d’Apostrophes, de Bouillon de culture et animateur des célèbres dictées annuelles des Dicos d’or. Il a donc choisi 100 mots qu’il estime menacés, et en donne pour chacun une explication et un exemple dans une citation. Il résume son plan de sauvetage: «En informant le public, qui en connaît certains et d’autres pas, qu’ils existent. En expliquant leur sens, avec à l’appui une citation puisée chez un écrivain. En leur faisant de la publicité, pour qu’ils soient mieux connus et plus souvent employés quand cela est possible.» Le mensuel Lire, qui a fait la couverture de son numéro de mars sur cette initiative, a décidé de l’appuyer en créant pendant un an un jeu-concours mensuel consistant, pour ses lecteurs, à proposer leur propre «mot à sauver». Le magazine a également interrogé des responsables du Petit Larousse et du Petit Robert, les deux dictionnaires les plus connus, qui concèdent que l’entrée de mots nouveaux chaque année entraîne des suppressions de mots anciens: «Les pages d’un dictionnaire ne peuvent pas augmenter indéfiniment. La nomenclature du Petit Larousse doit impérativement tenir en un seul volume», selon Yves Garnier, directeur du département Encyclopédies des éditions Larousse. Et, de toute façon, «les mots qui sortent du Petit Robert sont conservés dans le Grand Robert», plaide de son côté Marie-Hélène Drivaud, directrice éditoriale aux éditions Le Robert. Opération adoption S’esbigner, jocrisse, hommasse, fla-fla, pékin, cagoterie, carabistouilles, clampin, déduit, potiner, trotte-menu, huis, jean-foutre, diantre, derechef, radeuse, génitoires, péronnelle, brimborion, billevesée, vertugadin, argousin, ruffian: tous ces mots en voie d’extinction et qu’on ne lira jamais dans un SMS ou sur un «chat» sur Internet, Bernard Pivot et Lire proposent aussi aux écrivains qui soutiennent leur campagne d’en «adopter» un. Interrogés par le magazine, certains se sont engagés: Régine Deforges pour «chemineau», Pierre Charas pour «septentrion», Max Gallo pour «lupanar», Didier Van Cauwelaert pour «goguenardise», Douglas Kennedy pour «subséquemment». Philippe Djian, lui, considère que ce combat n’est pas le sien. Les mots choisis par Pivot sont vieillots, dit-il, il ne veut en sauver aucun. Quant à Luc Ferry, ancien ministre français de l’Éducation nationale, c’est le mot «soulier» qu’il veut préserver, un mot «qui n’est pratiquement plus utilisé par les enfants. C’est un mot en voie de disparition que je m’engage à adopter avec bonheur». Tout en saluant ce combat, il est toutefois permis de se demander si les mots sont à ce point en péril dans un pays où, plus que n’importe où ailleurs, on chérit la langue. Maya GHANDOUR HERT
Coquecigrue, barguigner, faquin, gommeux: ces vieux mots de la langue française, et beaucoup d’autres, sont menacés de disparition. Saperlipopette! s’est écrié Bernard Pivot, qui n’a qu’une crainte: voir ses mots chéris expulsés des dictionnaires courants. Pour tenter de les faire survivre, «saint Bernard du vocabulaire» lance une nouvelle croisade, dans son dernier livre 100 mots à sauver (Éd. Albin Michel).

Chacun des termes répertoriés dans cet épatant petit livre est expliqué puis remis dans son «milieu naturel» grâce à une citation d’écrivain.
«On s’emploie avec raison à sauver toutes sortes d’espèces d’oiseaux, d’insectes, d’arbres, de plantes, de grosses et de petites créatures bien vivantes, mais menacées de disparition. Des mots, eux aussi, pour d’autres raisons que la chasse,...