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Actualités - Chronologie

ART Mère Geneviève Gallois, mystique et satirique

Sous le titre « Le génie et le voile », le Musée des beaux-arts de Rouen consacre jusqu’au 23 août une exposition à l’œuvre de la sœur bénédictine Geneviève Gallois (1888-1962), troublante artiste mystique et satirique. Son père était autoritaire et anticlérical, sa mère pieuse et dépressive. Très tôt, elle a révélé des talents de peintre. À l’École des beaux-arts de Montpellier, son professeur la renvoie, exaspéré par son indépendance. Arrivée en 1909 à Paris, elle s’arrache à l’académisme des écoles sous l’influence d’une des figures marquantes de Montmartre, Adolphe Willette, qui lui fait découvrir le dessin satirique avec légende, dans lequel elle excelle. Elle peint des scènes de rue. C’est souvent très drôle, pour elle «la médiocrité est la reine du monde». En 1915, elle peint «un homme fait à l’image de Dieu» qui n’a rien de l’image consacrée du divin: un brave homme avec un chapeau et une moustache, et des «saintes femmes» à l’horrible dévotion affichée. À l’eau de vaisselle Pendant des années, elle a «tourné autour de Dieu, ne fût-ce que pour m’en moquer. Dieu est patient», affirme-t-elle après avoir découvert pour la première fois, en 1909, le couvent des bénédictines de la rue Monsieur. Elle y est entrée en 1917, la Grande Guerre a précipité sa crise spirituelle. À son père catastrophé qui voulait qu’elle poursuive sa carrière d’artiste, elle écrit: «J’aurai l’habit bénédictin pour le temps et l’éternité.» En fait, elle n’est pas bien reçue par les sœurs du couvent, qui ont du mal à comprendre cet être inclassable. Elle ne sera autorisée à prononcer ses vœux temporaires qu’en 1933 et ses vœux définitifs en 1939. La vie artistique de la recluse se limite pendant des années à de menus travaux, des ornements liturgiques, des scènes de la vie de Jeanne d’Arc pour une broderie. Ses dessins, exposés en 1931 dans une vente de charité, provoqueront sa rencontre avec le docteur Paul Alexandre, découvreur de son génie après avoir été bouleversé par celui d’Amadeo Modigliani, dont il fut le premier mécène. Paul Alexandre a tout fait pour qu’elle puisse poursuivre son activité artistique dans la vie religieuse, sur laquelle elle a porté le même regard lucide qu’elle portait sur le monde profane. Le satirique, la caricature l’emportent sur le sacré, sans apparemment entamer sa foi: «Faire du dessin quelconque à l’eau de vaisselle, j’en ai horreur.» Presse à graver Paul Alexandre lui a commandé un extraordinaire cycle de la vie conventuelle, «la vie chez les captifs volontaires», qu’elle réalise de 1942 à 1949, parfois presque comme une bande dessinée expressionniste, en 152 dessins. On y voit des jeunes sœurs joyeuses pendant leur «récréation» et de plus vieilles inquiétantes durant la messe, qu’elle définit comme la «réalité des réalités». Les dessins très colorés alternent avec des séries brunes et grises. Elle s’est également consacrée à la gravure. En 1939, Paul Alexandre lui a offert une presse à graver et en 1949-1950 elle a réalisé une Via Crucis en 18 planches. À la fin de sa vie, elle s’est consacrée au vitrail appris à 65 ans. Bien que très malade, elle réalise 22 verrières pour l’abbaye Saint-Louis-du-Temple de Limon (Essonne) où sa communauté s’est installée. C’est sa dernière œuvre, haute en couleur, toujours traversée d’humour et de passion mystique: elle meurt quelques jours après l’avoir achevée.
Sous le titre « Le génie et le voile », le Musée des beaux-arts de Rouen consacre jusqu’au 23 août une exposition à l’œuvre de la sœur bénédictine Geneviève Gallois (1888-1962), troublante artiste mystique et satirique.
Son père était autoritaire et anticlérical, sa mère pieuse et dépressive. Très tôt, elle a révélé des talents de peintre. À l’École des beaux-arts de Montpellier, son professeur la renvoie, exaspéré par son indépendance. Arrivée en 1909 à Paris, elle s’arrache à l’académisme des écoles sous l’influence d’une des figures marquantes de Montmartre, Adolphe Willette, qui lui fait découvrir le dessin satirique avec légende, dans lequel elle excelle. Elle peint des scènes de rue. C’est souvent très drôle, pour elle «la médiocrité est la reine du monde».
En 1915,...