Le G8 de Sea Island a montré à la fois la volonté d’union des grandes puissances sur l’Irak et, presque simultanément, l’extrême fragilité de ce consensus face aux divergences d’intérêts sur ce dossier, et, plus largement, sur le Moyen-Orient.
Lors de ce sommet sur la côte de l’État américain de Géorgie, l’enchaînement des séquences a été saisissant. Et à l’apaisement a très vite succédé la tension. « Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord n’ont pas besoin de missionnaires de la démocratie » : cette phrase choc du président français Jacques Chirac visait les projets américains de réformes politiques et économiques dans la région, suite logique pour l’Administration américaine de la « libération » de l’Irak. Elle a symbolisé la persistance des incompréhensions entre Occidentaux pendant ce sommet.
Le président américain George W. Bush avait peu avant remporté une victoire avec le vote à l’unanimité d’une nouvelle résolution de l’Onu, la 1546, encadrant le transfert de souveraineté au gouvernement irakien, prévu le 30 juin.
Il a voulu pousser son avantage, en demandant à la fois une plus grande implication de l’Otan en Irak et une annulation massive de la dette du pays. Sur ces deux points, il n’a presque rien obtenu de ses partenaires.
Chef de file de l’ancien camp de la paix, opposé à la guerre en Irak, M. Chirac s’est dit « tout à fait réservé », tout comme le Premier ministre de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, un autre membre important de l’Alliance atlantique, qui figurait parmi les invités extérieurs de ce sommet du G8.
Sur la dette irakienne (120 milliards de dollars), que les Américains voudraient voir annuler à hauteur de 80 à 90 %, les positions sont restées quasiment figées. Russes, Français et Allemands ne sont guère convaincus par l’idée d’effacer la dette d’un pays qui dispose des deuxièmes réserves pétrolières du monde. Un engagement vague à s’entendre d’ici à la fin de l’année a donc été pris.
Mais c’est l’initiative dite du « Partenariat pour le progrès et pour un avenir commun avec les pays du Grand Moyen-Orient et l’Afrique du Nord » qui a révélé les fractures les plus profondes. Un document a certes été adopté pour soutenir la démocratisation et le développement économique de la région, mais il précise que ceux-ci ne peuvent être « imposés de l’extérieur ». Le texte a été adouci par rapport aux projets initiaux de Washington et, en coulisses, les diplomates du G8 ne se privaient pas pour en dire le plus grand mal. « Le Grand Moyen-Orient n’est qu’une chimère imposée par Bush. Elle ne fait que couvrir une présence militaire pour garantir les livraisons de pétrole », a lâché un diplomate d’un pays du G8. « Ce n’est qu’un calcul pour être présent militairement. Les Américains ont attaqué l’Irak parce qu’ils craignaient pour l’Arabie saoudite », a-t-il ajouté. Pour le président américain, au contraire, l’Irak doit être un exemple des réformes à mener dans la région. « Vraiment, je n’aurais jamais pensé, il y a un an et demi, être assis auprès d’un président de l’Irak, représentant un pays libre », a-t-il déclaré, en accueillant à Sea Island le nouveau chef de l’État irakien, Ghazi al-Yaouar, pour sa première sortie internationale.
Mais certains dirigeants se sont émus de la quasi-absence du conflit israélo-palestinien dans ce débat sur le Moyen-Orient. « La mère de tous les conflits, c’est le conflit israélo-palestinien. Le grand conflit est toujours là-bas », a rappelé le président de la Commission européenne Romano Prodi, signifiant que le processus de réforme ne pourrait pas s’enclencher sans son règlement.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le G8 de Sea Island a montré à la fois la volonté d’union des grandes puissances sur l’Irak et, presque simultanément, l’extrême fragilité de ce consensus face aux divergences d’intérêts sur ce dossier, et, plus largement, sur le Moyen-Orient.
Lors de ce sommet sur la côte de l’État américain de Géorgie, l’enchaînement des séquences a été saisissant. Et à l’apaisement a très vite succédé la tension. « Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord n’ont pas besoin de missionnaires de la démocratie » : cette phrase choc du président français Jacques Chirac visait les projets américains de réformes politiques et économiques dans la région, suite logique pour l’Administration américaine de la « libération » de l’Irak. Elle a symbolisé la persistance des incompréhensions entre...