«Tout le monde va aux sports d’hiver et doit porter des vêtements appropriés», a dit Karl Lagerfeld en lançant la première collection pour ski Chanel, l’hiver 2000/2001. Depuis, d’autres griffes ont suivi ce mot d’ordre, comme Dior, «pour répondre à la demande des clientes». Chanel, Dior, Prada, Pucci, etc. Le grand luxe va débusquer ses clientes jusque dans les stations les plus huppées des États-Unis (Aspen, Vail), de Suisse (St-Moritz, Gstaad), d’Italie (Cortina) ou de France (Courchevel, Megève, etc).
Quand Karl Lagerfeld estime que «de nos jours, les vêtements de sport doivent être faciles à porter et à la mode», chez Rossignol, leader mondial dans le matériel de sports d’hiver, on affirme que l’association avec le créateur Jean-Charles de Castelbajac est née de la volonté de «sortir du tristement technique».
«Nous voulions sortir de la case vêtement technique où on voulait nous enfermer. La montagne, c’est joyeux, c’est aussi la fête», raconte Jean Holvoet, directeur du département textile de Rossignol.
«La première année a été une année test. L’année suivante, les ventes ont été multipliées par trois et pour cette année, on s’attend à multiplier le chiffre d’affaires encore par deux». «Le plus important est que cela nous a permis d’être présent dans des lieux où nous n’arrivions pas à percer avant, comme en Allemagne ou en Italie où il y a aussi des marques techniques. Aujourd’hui, on touche des boutiques de stations haut de gamme avec notre concept novateur», poursuit-il.
Si Rossignol avance sa domination technique sur les grandes marques de luxe, ces dernières n’ont pas dit leur dernier mot. Le créateur conçoit le design des modèles, mais la fabrication se veut tout aussi technique: «Le tissu est conçu à partir de fibres à la pointe de la technologie et entièrement enduit d’une double épaisseur de polyuréthane», dit le dossier de presse Chanel.
Chez Dior, où la première collection dédiée au ski a été lancée cet automne, John Galliano a imaginé «une ligne féminine, luxueuse et sexy. Le défi était de mixer créativité et aspect pratique». D’où la mise en avant de la protection contre les conditions climatiques, de l’étanchéité, des détails pratiques, comme la poche spéciale pour les forfaits ski ou encore des renforts aux genoux des combinaisons, etc.
La griffe italienne Prada va encore plus loin. Outre une véritable ligne sport (ski, voile, tennis) et une collaboration entre athlètes et designers, Prada a noué «d’importants partenariats» avec des écoles de sports d’hiver à Saint-Moritz (depuis 1999), Cortina, Verbier (Suisse), Val Gardena (Italie), depuis l’hiver 2001/2002, Sansicario Action (Italie) et Megève depuis l’hiver dernier. Ce partenariat «stimulera le développement et la mise au point de l’habillement technique, et des accessoires destinés aux amateurs les plus exigeants», indique Prada qui met en avant ses vêtements techniques en gore-tex «doublé de ouate Thermore, respirante, imperméable et thermosoudée». De plus, «les vestes et les pantalons portent un signal anti-avalanche Recco», précise la griffe italienne.
Reste que pour s’afficher avec une combinaison dûment siglée, il faut payer des tarifs aussi élevés que les sommets des Alpes ou des Rocheuses.
Des après-skis avec poils de yacks Dior rouges ou blanc coûtent 320 euros, tout comme le super casque en cuir noir et rouge. La combinaison noire grimpe à 2750 euros. Chez Chanel, une paire de skis vaut 1770 euros (1520 pour le snowboard) et les anoraks entre 1430 et 1820 euros. Les après-skis Emilio Pucci, en imprimé multicolore maison, atteignent 550 euros et une combinaison fuseau à bretelles 800 euros.
ÉCHO…
La mariée ne sera plus en blanc
Bientôt les cartons afflueront. Car les mariages ont leur saison. Ils la préfèrent clémente et ensoleillée, pour mieux dévoiler la mariée, et surtout pour offrir aux invités un espace qui les contienne. Et, traditionnellement, la mariée est en blanc. Tant de connotations dans ce blanc, couleur de la virginité, du grand saut, du grand départ, des floraisons printanières dans les arbres fruitiers… et tant de tabous autour de cette virginité. Désormais, les filles arrivent au mariage au seuil de la trentaine, diplôme et job dans le trousseau. Il serait absurde qu’à cet âge et après tant de rencontres et d’expériences vécues elles y arrivent comme ces mariées de seize ans qu’on livrait ingénues à «l’époux», pas plus tard qu’au siècle dernier. L’été prochain sera donc l’été de toutes les révolutions en matière de collections nuptiales. Du pastel, parce qu’il flatte le teint: pêche, lavande, vert pomme, et ce rose incarnat qui n’en finit pas de tenter. Mais aussi du bordeaux, du rouge, et même du noir rebrodé de fleurs blanches. Les créateurs ont décidé de chahuter la tradition.
«J’ai même repris des traditions du XIXe siècle qui voulaient des mariées de rouge ou de noir vêtues. La robe de mariée dans tous les cas doit être exceptionnelle pour un jour exceptionnel. J’aime qu’elle ait plusieurs vies, classiquement grandiose pour la cérémonie religieuse, libérée de la traîne ou de la jupe pour danser. De l’Arlésienne à la bergère de conte de fées, faille, piqué, taffetas, tulle, broderies, dentelles, le répertoire est inépuisable et je ne compte pas l’épuiser...» déclare le couturier Christian Lacroix, qui vient de dessiner une ligne étonnante pour la maison Pronuptia. On y trouvera des robes toutes blanches du dos desquelles émerge une cascade de froufrous roses, et d’autres également blanches mais enveloppées de dentelle rouge en transparence. Pour le grand jour, la palette est donc infinie. Futures mariées, le seul embarras qui vous reste est celui du choix!
TENDANCE
Le trico-cooning, honni soit qui maille y pense !
À New York, un café est dédié au tricot; les podiums des grandes capitales de la mode déroulent le tapis rouge à la broderie depuis longtemps et au tricot depuis peu; Paris va bientôt leur dédier un Salon: le tricot et la broderie sont non seulement devenus tendance mais on loue aussi leurs vertus sociales et thérapeutiques.
Les actrices Julia Roberts ou Sharon Stone, qui se sont érigées en activistes du tricot, ont largement contribué à redorer l’image de ces activités manuelles attribuées en général à des personnes moins «glamour».
Pendant les derniers défilés prêt-à-porter à New York, les mannequins ont été invités à une «models’ knit party» (knit: tricot) organisée par le café-atelier tricot Knit pour les aider à se relaxer et ne pas fumer.
Des créateurs ont eux aussi succombé à la grosse maille, de Pierrot à Catherine Malandrino, de Donna Karan au label branché Imitation of Christ.
À Londres cette semaine, d’autres collections ont fait la part belle à la maille, depuis le jeune espoir turc Bora Aksu jusqu’au très confirmé Paul Smith.
Paris va accueillir du 27 au 29 février à la grande halle de la Villette le premier Salon «L’aiguille en fête», dédié à «tous les piqués» de la broderie, de la tapisserie, du patchwork ou encore du tricot.
Jean-Charles Durand, concepteur du Salon, raconte avoir été «sidéré par le nombre de personnes qui manient l’aiguille». «En France, il y a 300 clubs de broderies, 400 clubs de patchwork, des sites Internet à foison et même des scissions dans certains clubs de point de croix!», ajoute-t-il.
Le retour en grâce des aiguilles est dû, selon lui, a une envie «de devenir son propre créateur, le porte-drapeau de ce qu’on a fait soi-même». «Il y a une fierté, un amusement à “customiser” ses vêtements avec des broderies par exemple mais, avec le tricot, cela va plus loin. Il y a en plus cette relation sensuelle avec la laine», assure Jean-Charles Durand.
«Toute une génération de femmes a jeté les aiguilles avec les soutiens-gorge ou les livres de cuisine», explique Nadine Lefebvre, attachée de presse de Phildar. Selon elle, la tendance cocooning a remis l’aiguille au goût du jour ainsi que la nouvelle mode des très gros fils qui permet «en deux soirées de se faire un pull sympa». «Les jeunes aiment la mode du fait main. Elles redécouvrent en plus le plaisir de tricoter autour d’une table», raconte Mme Lefebvre, selon qui les ventes de laine ont progressé de 30% en quatre ans. L’école des broderies Lesage, spécialisée dans la haute couture, forme de futurs professionnels mais pas seulement. Un professeur en neurochirurgie new-yorkais qui voulait apprendre à réaliser de magnifiques coutures a fait le déplacement. Des femmes en pleine dépression aussi. «Tant que les mains sont occupées, l’esprit est en veille», dit souvent François Lesage pour qui la broderie est «un métier, une passion et une thérapie».
Bernard Prat doit tout ou presque à la broderie. Cet ancien paysagiste de 53 ans a eu une rupture d’anévrisme il y a sept ans. En convalescence après une opération qui lui a sauvé la vie mais lui a laissé de grosses séquelles, il a rencontré une malade qui brodait et qui l’a convaincu par ce biais de «travailler la concentration et la sensibilité de la main».
«C’est un déstressant formidable. Cela m’a tellement aidé mais surtout tellement plu que je me suis mis à faire des broderies au point de croix de plus en plus petites – 300 points au cm2 – qui demandent l’utilisation de grosses loupes», explique M. Prat. Ce spécialiste de la reproduction de tableaux miniatures donnera des cours pendant le Salon organisé à la Villette.
Un peu d’histoire
François Lesage, un brodeur en or
Héritier d’une longue tradition, le brodeur François Lesage est le plus fameux parurier de la mode. Pour la couture ou le prêt-à-porter, il crée – au prix d’innombrables heures de travail – des tableaux mouvants, où le somptueux le dispute au magique.
« J’ai vu les passementières mourir en emportant leurs secrets », déplore François Lesage. Dans les années 50, ce maître brodeur comptait une quarantaine de confrères dans la capitale française. Ceux-ci sont aujourd’hui moins de dix. Peu généreuse en soirées brillantes, l’époque n’a plus guère de mécènes assez fastueux pour la broderie d’art, cette joaillerie du costume qui attelle aux exigences du beau celles d’une infinie patience. Comment expliquer que la maison Lesage ait compté, il y a dix ans, jusqu’à 120 employés? Et qu’ils soient, malgré la crise, encore quarante?
Premier brodeur de Paris
Lesage est aussi le plus prolixe : 60000 références, un important chiffre d’affaires et une réputation qui se propage dans la sphère culturelle. De grands musées ont acquis ses modèles : le palais Galliera, à Paris, lui a même consacré toute une exposition. Dans le naufrage général de l’artisanat, Lesage tire brillamment son épingle du jeu. Motif : son immémoriale alliance avec la mode. «Je ne conçois pas de mode sans broderie, disait Karl Lagerfeld. Ni de broderie sans Lesage.»
La mode renouvelle Lesage
En retour, il lui confère un supplément d’éternité. Et ce, du plus loin que l’on puisse voir. Quand Lesage n’était pas encore Lesage, il s’appelait Michonet. Fondée en 1868, cette maison brodait pour l’impératrice Eugénie. Elle prêta ses services à Worth, l’inventeur de la haute couture. Puis à Jacques Doucet, Jeanne Paquin ou Paul Poiret... En 1924, la maison est acquise par Albert Lesage. Le mariage avec la mode prend un tour concret quand Marie-Louise Favot, modéliste chez Madeleine Vionnet, devient la femme du jeune brodeur. Dans la corbeille de noces, la grande couturière a déposé l’exclusivité de ses commandes de broderies.
De père en fils
Avec la crise de 1929, la couture entame sa traversée du désert. Mais une autre bonne fée surgit. Elsa Schiaparelli effeuille, vers 1934, la morosité ambiante d’un grand souffle d’humour et d’imagination. Brodant ses gilets de signes astraux en lames d’or et d’argent, ses redingotes avec des marrons d’automne en strass et vison, Albert Lesage est le démiurge de ses fantaisies. Même la guerre ne l’arrête pas. Aux heures sombres, Lesage brode des coquilles de moules, envoie François, son fils, en Californie, où l’atelier qu’il a ouvert sur Sunset Boulevard brode pour les stars d’Hollywood.
C’est donc un jeune homme accompli que le décès du père, en 1949, hisse aux commandes de la maison Lesage. Il ne peut mieux tomber. Dans une explosion de nouveaux talents – Dior, Balmain, Fath, Balenciaga... –, le Paris de l’après-guerre redevient capitale de la mode. Les années passent, les techniques s’affinent (le thermotransfert pour l’impression des feuilles d’or), les matériaux se diversifient (plastiques, cristaux de roche, cuir, fleurs artificielles...).
La décennie 80 est celle de la mode, donc de François Lesage. Le plateau de fruits de mer de Christian Lacroix (qui appelle François Lesage «son parrain»), la robe «bleu de Chine» de Chanel (1800 heures de réalisation, 200000 micro-perles) et les iris de Saint Laurent, qui parent le cardigan le plus cher du monde: soixante coloris de perles de satin, six cents heures de travail.
«Lorsqu’un couturier me téléphone, confie François Lesage, il se contente parfois de dire : “crocodiles” ou “Braque”... À moi d’interpréter.» Autrement dit, de s’insérer dans son univers intime. Anxieux de deviner quelle sera la prochaine «femme Lacroix» ou «femme Givenchy», il est le premier au courant des tendances. Et met au point ses propres collections (300 échantillons), qu’il propose aux couturiers deux fois l’an. Ses inspirations sont innombrables: une flaque de boue (l’homme est passionné de cheval), aussi bien qu’un tableau.
La commande venue, on explore les quarante tonnes de fournitures en stock. Dans l’atelier, les Pénélope déploient leurs doigts magiques, fixant sur le métier des ciels de paillettes, des rideaux d’or, des paysages de lumière... «Si la mode est à Paris, rappelle François Lesage, c’est que Paris possède une merveilleuse palette d’artisans liés corps et âme à la mode.» Et pour longtemps... L’homme n’a-t-il pas créé dans ses murs l’école de broderie la plus cotée au monde?
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR FIFI ABOU DIB
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