Connu du grand public pour ses portraits du « Che » ou de Picasso, René Burri, figure de l’agence Magnum, à l’honneur à la Maison européenne de la photographie à Paris, a construit en cinquante ans de carrière une œuvre foisonnante qui recouvre tous les genres photographiques.
Né en 1933 à Zurich, René Burri prend son premier cliché à 13 ans avec un Kodak emprunté à son père. Dans son viseur : Winston Churchill, debout dans une limousine. Moins de dix ans plus tard, un reportage sur une école pour enfants sourds-muets commandité par Science et vie et publié dans Life en 1955 lui ouvre les portes de la prestigieuse agence Magnum, dont il devient vite un des principaux correspondants.
Reporter et auteur, témoin et metteur en image virtuose de la composition graphique, Burri a photographié presque tous les grands événements d’un demi-siècle en perpétuelle mutation : les crises de Cuba et d’Amérique latine, les guerres de Corée et du Vietnam, les bouleversements économiques et culturels en Chine, en Afrique ou en Europe.
Des « Terres de guerre », il ne rapporte aucune « photo-choc ». Pas de cadavre sur ses clichés en noir et blanc, qui préfèrent recourir à la parabole : des hommes-fourmis perdus dans un nuage de fumée noire, des statues mutilées, des enfants souriants l’arme à la main, un soldat endormi contre l’épaule d’un camarade de combat, des ânes efflanqués au milieu de ruines.
Aussi foisonnante que son travail, l’exposition évoque tour à tour les années de formation à l’École des arts appliqués de Zurich, Les vestiges de l’âge d’or des illustrés qui publient ses portraits de Nasser et de Sadate, ses reportages à Chypre et en Syrie, ou encore les longues séries de clichés conçues comme des essais, tel ce reportage réalisé en 1962 sur «Les Allemands», qui a fait l’objet d’un livre. Chroniqueur de la vie artistique, le photographe fréquente les ateliers de Picasso et de Giacometti, suit la carrière de son compatriote Tinguely et le travail de Le Corbusier, saisit Kurosawa ou Renoir sur un plateau de tournage et assiste à la naissance de Brasilia.
L’écriture cinématographique imprègne le travail de René Burri, passionné par le cinéma dès son plus jeune âge et qui tournera plusieurs documentaires.
Au contraire de Henri Cartier-Bresson, à l’affût de « l’instant décisif », il cherche à capter une « succession de moments ». Un style qui donne ces séries de photos formant séquence : Yves Klein réalisant une de ses fameuses «anthropométries » dans son atelier en 1961, les soldats sautant sur le delta du Mékong ou encore Cartier-Bresson dans le rôle du photographe photographié.
L’exposition, qui associe tirages d’époque et tirages récents, s’accompagne de la publication d’un important ouvrage rétrospectif réunissant quelque 450 images en noir et blanc, sélectionnées par le photographe lui-même, et Hanz-Michael Koetzle, commissaire de l’exposition, qui en signe le texte.
(Maison européenne de la photographie, à partir d’aujourd’hui mercredi jusqu’au dimanche. René Burri Photographies, texte de Hans-Michael Koetzle, traduit de l’allemand par Philippe Mothe, éd. Phaidon, 448 p., 450 photos, 95 euros.)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Connu du grand public pour ses portraits du « Che » ou de Picasso, René Burri, figure de l’agence Magnum, à l’honneur à la Maison européenne de la photographie à Paris, a construit en cinquante ans de carrière une œuvre foisonnante qui recouvre tous les genres photographiques.
Né en 1933 à Zurich, René Burri prend son premier cliché à 13 ans avec un Kodak emprunté à son père. Dans son viseur : Winston Churchill, debout dans une limousine. Moins de dix ans plus tard, un reportage sur une école pour enfants sourds-muets commandité par Science et vie et publié dans Life en 1955 lui ouvre les portes de la prestigieuse agence Magnum, dont il devient vite un des principaux correspondants.
Reporter et auteur, témoin et metteur en image virtuose de la composition graphique, Burri a photographié presque tous les...