Après trois ans de négociations, l’accord a été finalement conclu entre le Hezbollah et Israël, par le biais du médiateur allemand Ernst Uhrlau. Demain, en principe, 23 Libanais, 400 Palestiniens, 12 autres Arabes et un Allemand retrouveront leurs foyers, alors que 4 Israéliens rentreront en Israël. Cette opération tant attendue donne-t-elle une nouvelle stature au Hezbollah, que l’on disait en totale perte de vitesse et mis à l’index par les Américains ? Nous avons demandé au Dr Farès Souhaid, figure de proue d’une jeunesse en quête d’engagement, ce qu’il en pense.
Farès Souhaid, député de Jbeil et membre de Kornet Chehwane
Q : Pensez-vous que l’accord sur l’échange des prisonniers va renforcer la position du Hezbollah ?
R : « C’est certainement une victoire supplémentaire pour le Hezbollah et j’en suis très heureux. Mais je crains que cette victoire ne s’inscrive dans un autre contexte : Israël et surtout les Américains sont peut-être en train d’appliquer une politique visant à enlever tous les prétextes qui pourraient justifier l’existence d’une résistance armée. Après le retrait israélien en mai 2000, deux dossiers restaient en suspens et servaient d’arguments au Hezbollah pour poursuivre sa résistance armée : celui des prisonniers et l’occupation des fermes de Chebaa. Or, voilà qu’on est en train de refermer le premier, puisqu’il est en voie de solution. Reste la question des fermes de Chebaa et elle pourrait, elle aussi, être rapidement résolue. J’ai bien peur qu’à ce moment-là, les pressions ne s’accentuent sur le Hezbollah. Déjà, le secrétaire américain à la Défense, M. Donald Rumsfeld, ne mâche pas ses mots et évoque la possibilité d’un déploiement américain dans la Békaa. »
Q : Selon vous, la joie de la libération pourrait donc être de courte durée ?
R : « C’est malheureusement fort possible. Je suis bien sûr très content pour le Liban et pour le monde arabe. L’accord conclu prouve qu’on peut arracher des concessions à Israël, mais j’aurais préféré que ce soit l’État et le pouvoir libanais qui mènent les négociations. Hélas, dans cette affaire, l’État a tout l’air d’être le dindon de la farce. Tout se passe en dehors de lui. La Syrie et le Hezbollah négocient en son nom, et comme d’habitude, il renonce à être présent. »
Q : Ne pensez-vous pas que l’État a laissé sciemment la vedette au Hezbollah, pour lui permettre d’enregistrer une victoire ?
R : « Je n’en sais rien, mais je constate que l’État libanais qui coûte beaucoup d’argent aux citoyens et se comporte en grande puissance à Cotonou, s’efface devant un parti, qui prend la décision à sa place. »
Q : Selon vous cet accord pourrait-il apporter une nouvelle légitimité au Hezbollah ?
R : « Je ne crois pas qu’un tel accord va le légitimer sur le plan international, où il est considéré comme une formation terroriste. Sa légitimité populaire va sans doute augmenter, grâce à cet accord, mais sur le plan politique et international, rien ne va changer. »
Julien Courson, étudiant en première année de master en économie à l’USJ
Q : Pensez-vous que l’accord sur l’échange des prisonniers renforce la position du Hezbollah ?
R : « Il est certain que le Hezbollah va chercher à exploiter cet acquis sur la scène locale et régionale, pour affirmer que la résistance est le seul moyen d’arriver à ses fins et d’obtenir gain de cause avec Israël. C’est une attitude normale et compréhensible. Mais je trouve malheureux que ce ne soit pas l’État libanais qui ait mené les négociations. »
Q : Considérez-vous que l’accord conclu est à l’avantage du Hezbollah ou bien ce dernier a-t-il fait d’importantes concessions ?
R : « Je pense que le Hezbollah a fait d’importantes concessions, notamment au sujet de Samir Kantar. Sayyed Nasrallah avait lui-même déclaré qu’il n’y aurait pas d’accord sans la libération de Kantar, et voilà que celle-ci est reportée d’au moins deux mois. J’aurais d’ailleurs préféré qu’il s’accroche au cas de Kantar, plutôt que d’obtenir la libération de prisonniers arabes. Commençons par nous occuper de nos propres affaires avant de nous intéresser à celles des autres. Il est temps d’être enfin Libanais avant tout. »
Q : Pourquoi, selon vous, le Hezbollah a-t-il accepté de faire une telle concession ?
R : « Je pense qu’il était assez coincé. Il devait accepter un accord, même peu satisfaisant, pour tenter d’atténuer l’impact de la campagne menée actuellement contre lui en Occident. Sa situation actuelle n’est pas facile et il a fait ce qu’il pouvait. Mais cet accord met surtout en évidence l’importance qu’Israël attache à ses citoyens. Les Israéliens ont tout fait pour que quatre des leurs soient rapatriés et ils sont prêts à un nouvel échange pour obtenir des informations sur un pilote disparu depuis plus de 20 ans. Cela devrait nous donner à réfléchir. »
Scarlett HADDAD
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Farès Souhaid, député de Jbeil et membre de Kornet Chehwane
Q : Pensez-vous que l’accord sur l’échange des prisonniers va renforcer la position du Hezbollah ?
R : « C’est certainement une victoire supplémentaire pour le Hezbollah...