Drapée dans sa abaya, la femme, une ancienne employée de la poste, assure le juge qu’elle n’a jamais écrit de rapport de délation. Pendant que le futur procès de Saddam Hussein agite l’opinion, des commissions locales enquêtent sur les agents de base du régime déchu. « La plupart des officiers de sécurité sont originaires du triangle (sunnite, au nord et à l’ouest de Bagdad), mais c’étaient leurs agents sur place qui les renseignaient », souligne le juge d’instruction Abou Alia al-Khouzaï, qui dirige les commissions d’enquête sur les crimes de l’ancien régime à Najaf (centre).
Dans la ville sainte chiite, la plupart des plaintes devant quatre commissions formées en août visent les informateurs et exécuteurs des basses œuvres du régime, ajoute-t-il.
« Tu sais pourquoi tu es là ? Tu es accusée d’avoir rédigé des rapports », qui ont conduit à une descente de policiers qui ont violé une femme, dit-il à l’accusée.
La prévenue, âgée et à présent presque aveugle, nie en bloc et se déclare victime d’une vengeance dans un conflit de propriété avec des parents des plaignants.
À travers l’Irak, des commissions locales enquêtent sur les crimes du régime déchu en tentant d’éviter les vendettas et de démêler les plaintes légitimes des sordides règlements de comptes de voisinage.
Les commissions de Najaf, formées d’un avocat assisté par deux titulaires de maîtrise universitaire et supervisées par un juge d’instruction et un procureur, ont enregistré quelque 600 plaintes et en ont rejeté plus de 200, des « dénonciations calomnieuses », précise M. Khaqani. Sur plus de 750 personnes recherchées, environ 240 ont été arrêtées, ajoute-t-il. Il déplore néanmoins que la coalition n’ait pas, malgré des demandes répétées, livré le suspect le plus important, un haut responsable du Baas qui dirigeait les pelotons d’exécution à Najaf en 1991, Sadeq Jaafar al-Odeh, visé par 110 plaintes, détenu selon lui à la prison d’Abou Gharib, près de Bagdad. « Vingt dossiers sont prêts pour le jugement et d’ici à deux mois nous pouvons en envoyer plus de 200 » après l’approbation des commissions par le ministère de la Justice il y a quelques jours, indique le juge, ajoutant que la majorité des accusés sont passibles de peines de cinq à dix ans de prison.
Mais les responsables du tribunal assurent privilégier la réconciliation chaque fois que possible, précisant que 18 ont été scellées sous leurs auspices.
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