Spécialiste du documentaire, l’Américain D. A. Pennebaker, auteur d’un film-culte sur Bob Dylan à l’heure de sa gloire naissante (Don’t Look Back, en 1965), rend hommage à quelques figures oubliées de la musique soul dans Only the Strong Survive. Présenté en 2002 à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, Only the Strong Survive se joint à la nouvelle vague des films musicaux, dont The Soul of a Man de Wim Wenders, premier d’une série de sept films sur le blues, ou Motown: la véritable histoire, sur la pop noire des années 60. Ils s’appellent Carla et Rufus Thomas, Mary Wilson, Sam Moore, les Chi Lites, Gerry Butler. Ils n’ont jamais – ou alors brièvement – connu la gloire de Tina Turner, Stevie Wonder, James Brown ou Diana Ross. Mary Wilson, ainsi, fut une des trois Supremes, avec Florence Ballard et la reine du trio, Diana Ross. «Flo» a disparu prématurément. Diana appartient à la jet-set internationale. Mary poursuit sa carrière, se produisant dans des concerts pas très prestigieux, mais avec une foi inébranlable pour un public de fans vieillissant, d’un enthousiasme indéfectible. Pendant l’été 1999, D. A. Pennebaker, Chris Hegedus et le journaliste Roger Friedman sont partis sur les traces de ces vaillants soldats de la soul et du rhythm and blues qui n’ont pas abdiqué. Le trio a saisi l’occasion d’un hommage à un des maîtres du genre, Isaac Hayes, le «Moïse noir», musicien entré dans l’histoire pour avoir écrit la musique de Shaft. Lorsqu’il compose la bande originale du film de Gordon Parks en 1971, Hayes n’est pas un débutant. Il a à son actif la plupart des tubes du duo Sam and Dave (Hold On I’m Coming, en juin 1966, Soul Man, n°2 aux États-Unis en juillet 1967). Il fut une des principales « plumes » de la Stax, label noir basé à Memphis, rival de l’autre compagnie qui régnait alors sur la musique soul, la Tamla Motown de Detroit.
«Speedball»
Comme la plupart de ces pionniers, Isaac Hayes n’a pas eu le sens des affaires. Des contrats imprudemment signés le contraindront à vendre les droits de ses chansons pour se remettre à flot. Aujourd’hui, ses compositions sont la propriété d’entités anonymes qui tirent de substantiels dividendes de ces investissements avisés. Dans son film, D. A. Pennebaker filme une scène, à la fois comique et pathétique, où l’on voit Sam Moore, accompagné de son épouse, qui fait office de manager, se rendre au siège new-yorkais du label Atlantic, que ses tubes contribuèrent à enrichir il y a 30 ans. Le couple ne parviendra pas à franchir le hall d’entrée. Mus par une passion encore palpable pour leur art, ces chanteurs acceptent leurs mésaventures avec une bonne dose d’humour et de placidité. Sam Moore, installé à l’arrière de la limousine qui le promène dans Manhattan, montre les rues et les hôtels de seconde zone où il dealait dans les années 70, lorsqu’il était tombé dans la drogue. Celle qui avait sa préférence était le «speedball», mélange de cocaïne et d’héroïne, «comme John» (Belushi), dit-il, un des deux Blues Brothers, mort d’une surdose en 1982. «Seuls les plus forts s’en sortent»: telle est la leçon du metteur en scène qui emprunte le titre de son documentaire à une chanson de Jerry Butler datant de 1969. L’ex partenaire de Curtis Mayfield (mort depuis), au sein des Impressions, est aujourd’hui élu municipal à Chicago. «The Ice Man» ne résiste pas au plaisir de reprendre de temps à autre le micro. Pour le plaisir.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Spécialiste du documentaire, l’Américain D. A. Pennebaker, auteur d’un film-culte sur Bob Dylan à l’heure de sa gloire naissante (Don’t Look Back, en 1965), rend hommage à quelques figures oubliées de la musique soul dans Only the Strong Survive. Présenté en 2002 à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, Only the Strong Survive se joint à la nouvelle vague des films musicaux, dont The Soul of a Man de Wim Wenders, premier d’une série de sept films sur le blues, ou Motown: la véritable histoire, sur la pop noire des années 60. Ils s’appellent Carla et Rufus Thomas, Mary Wilson, Sam Moore, les Chi Lites, Gerry Butler. Ils n’ont jamais – ou alors brièvement – connu la gloire de Tina Turner, Stevie Wonder, James Brown ou Diana Ross. Mary Wilson, ainsi, fut une des trois Supremes, avec...