«Je ne peux rester une minute de plus dans ce parti. C’est incompatible avec le nom que je porte »: le regard chargé de colère, Alessandra Mussolini claque la porte de l’Alliance nationale pour rejoindre à la Chambre des députés le groupe des non-inscrits.
La petite-fille du duce n’a pas supporté que le leader de son parti, Gianfranco Fini, par ailleurs « numéro deux » du gouvernement de Silvio Berlusconi, affirme mardi dernier à la Knesset israélienne avoir changé d’avis sur le dictateur fasciste : « Autrement, je ne serais pas là et je n’aurais pas fait ce que j’ai fait. »
Lundi, au premier jour de sa visite « privée » en Israël, Fini avait fait acte de repentance sans ambiguïté d’aucune sorte. Coiffé d’une kippa mauve, il avait dénoncé « les pages honteuses de notre histoire passée » dans le plus sacré des mémoriaux de l’histoire juive, le musée du souvenir Yad Vashem. Il a, pour les condamner, cité explicitement les lois raciales édictées par Benito Mussolini en 1938 et la République sociale qui regroupa les nostalgiques du fascisme entre septembre 1943 et avril 1945 dans la petite ville de Salo, sur les rives du lac de Garde: « Nous devons comprendre par quelle ignorance, indifférence ou complicité tant d’Italiens ne firent rien pour réagir contre les infâmes lois raciales voulues en 1938 par le fascisme. »
Venant de celui qui passait pour incarner l’héritage fasciste, cette condamnation a valeur de symbole. Ses interlocuteurs hébreux ont aussitôt relevé que Gianfranco Fini a associé pour la première fois le fascisme aux horreurs de l’antisémitisme, ne se contentant plus de le ranger au chapitre des erreurs de l’histoire.
Sur 47 252 Juifs italiens, 6 244 ont été déportés en vertu des lois raciales de 1938 et seulement 980 ont survécu. La plupart des victimes sont mortes en Allemagne, mais 292 ont péri dans les camps italiens, près de Trieste, notamment.
Le Mouvement social italien (MSI, néofasciste), fondé en décembre 1946, s’est revendiqué du duce, sans avaliser ses lois raciales. Dès 1983, son leader historique Giorgio Almirante, caché à la Libération par un ami juif, les avait condamnées.
Déjà à l’époque, son parti entretenait des liens avec les Israéliens : « Un fondateur et membre de la direction nationale du MSI, Fiorenzo Capriotti, les a aidés à construire des torpilles pour combattre la marine britannique », rapporte le journaliste Gianni Scipione Rossi, auteur d’un livre sur les rapports entre la droite et les Hébreux.
C’est cependant avec Gianfranco Fini que l’aggiornamento va prendre une tournure plus radicale. Au congrès de Fiuggi en janvier 1995, ce jeune leader, qui a succédé huit ans auparavant à Giorgio Almirante, impose un virage sans retour : le parti abandonne l’étiquette de MSI pour prendre le nom d’Alliance nationale. Alessandra Mussolini, député depuis 1992, se montre sceptique : « Ne dites pas aux gens que nous ne sommes plus fascistes. Personne ne nous croira. » Bon gré mal gré, elle se convainc de rester fidèle au parti, sans manquer une occasion de s’opposer à son leader. Chaque année, elle se rend sur la tombe de son grand-père à Predappio, en Émilie-Romagne. Dans le parti, elle joue un rôle marginal, mais sa jeunesse (elle a 41 ans), son tempérament de feu, sa capacité à réunir un consensus « transversal » à tous les partis quand elle défend une cause féministe et, surtout, son nom en font une référence incontournable.
Gianfranco Fini, lui, poursuit dans la voie qu’il s’est tracée. Au Parlement, son parti réalise un score de 12 % aux élections de 2001 et compte 99 députés et 47 sénateurs, ce qui en fait la deuxième formation de la Maison des libertés, la coalition de Silvio Berlusconi. Vice-président du Conseil, il s’oppose aux débordements populistes de la Ligue du Nord, se rapproche des centristes et surprend à la mi-octobre en proposant le vote des immigrés dans les élections locales.
Sa visite en Israël marque une nouvelle étape. Ariel Sharon l’accueille avec chaleur. Il lui rend la pareille en affirmant, contrairement à ce que dit le pape auquel il se réfère souvent, que le mur n’est pas fait pour diviser les deux peuples, mais constitue de la part de l’État hébreu « un objectif légitime d’autodéfense ».
En Italie, sa repentance suscite un malaise parmi ses troupes. Le dernier carré des nostalgiques du fascisme l’accuse de « lèse-majesté ». Le gouverneur du Latium, Francesco Storace, puissant baron d’Alliance nationale, promet une opposition dure. D’autres se demandent s’il ne paie pas un prix trop lourd pour devenir un jour Premier ministre. Mais, pour le moment, le parti reste compact et aucune scission ne se profile à l’horizon.

