MM. Khatami et Moubarak se sont parlé mercredi en marge du Sommet de l’information à Genève. Aucun dirigeant égyptien et iranien d’un tel rang ne s’étaient rencontrés depuis la rupture des relations entre Le Caire et Téhéran, puissances régionales, après la révolution islamique de 1979.
M. Moubarak a souligné que c’était son homologue qui avait « demandé à (le) voir » et a qualifié les relations entre leurs deux pays de « normales ». Il ne s’est pas exprimé sur l’éventuelle réouverture de leurs ambassades respectives. Le président égyptien avait exclu en janvier une normalisation en expliquant que l’Iran abritait « des terroristes égyptiens ».
Cependant, le paysage régional a changé, et plusieurs signes spectaculaires ont manifesté depuis lors une volonté de surmonter une défiance séculaire entre Persans et Arabes. Le président Khatami a été l’un des premiers, le 17 novembre, à reconnaître le Conseil de gouvernement transitoire placé à la tête d’un Irak auquel l’Iran a fait la guerre pendant huit ans.
C’est le soutien apporté à l’Irak par le roi Hussein pendant ce conflit (1980-1988) qui avait rompu les relations entre Téhéran et Amman. Début septembre, Abdallah II a été le premier monarque jordanien à effectuer une visite en Iran depuis près d’un quart de siècle. Les liens avec l’Algérie ont quant à eux été formellement rétablis en 2000, mais aucun président algérien n’était venu en Iran depuis plus de 20 ans avant Abdelaziz Bouteflika en octobre. Alger et Téhéran avaient cessé de se parler en 1993. Alger accusait alors Téhéran de soutenir le Front islamique du salut. Les soupçons d’une aide iranienne aux organisations radicales, les craintes d’une propagation de la révolution islamique, conjuguées à l’antagonisme entre sunnites, majoritaires dans le monde musulman, et chiites, majoritaires en Iran, ont longtemps dressé nombre d’Arabes contre les Iraniens. Ils ont rassemblé les premiers derrière Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak.
Élu à la présidence en 1997, M. Khatami a poursuivi la politique d’ouverture de son prédécesseur Akbar Hachémi Rafsandjani. Aujourd’hui, l’Iran demande le statut d’observateur à la Ligue arabe, qui est basée au Caire et où l’Égypte passe pour prééminente, et le secrétaire général de l’organisation, Amr Moussa, a accueilli « favorablement » cette requête.

