Le projet contesté d’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) parrainé par les Américains et qui relie l’Azerbaïdjan à la Turquie occupe un arrière-plan non négligeable de la bataille de succession à la tête de la Géorgie. « Les États-Unis ont un double objectif dans cette région : empêcher par tous les moyens la Russie de reprendre pied dans le Caucase et trouver une manière de désenclaver le pétrole de la Caspienne sans passer par la Russie », affirme Anita Tiraspolsky, spécialiste de la CEI à l’Institut national des langues orientales (Inalco) de Paris. La construction de l’oléoduc BTC qui reliera sur 1 760 km un nouveau gisement off-shore d’Azerbaïdjan au terminal turc de Ceyhan sur la côte méditerranéenne en passant par Tbilissi est estimée à environ 3,6 milliards de dollars. D’une capacité d’un million de barils par jour, il doit être achevé en 2005. Dirigé par le britannique British Petroleum, le consortium BTC réunit également le norvégien Statoil, la société pétrolière publique azérie Socar, les américains ConocoPhillips, Unocal et Amerada Hess, les japonais Itochu et Inpex, le français Total, le turc TPAO et l’italien Eni. Son tracé, très politique, contourne la Russie, jusqu’à présent, via notamment la Tchétchénie, maître des routes d’évacuation du pétrole et du gaz de la Caspienne. Il évite l’Iran mais aussi l’Arménie en conflit avec l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh et enfin fait la part belle à la Turquie principale alliée des États-Unis dans la région.
L’oléoduc dont la construction a commencé, outre l’agacement à son égard manifesté par Moscou, est contesté pour son coût élevé, une réalisation difficile dans des régions instables et son impact sur l’environnement. Il devrait en 2007 être doublé d’un gazoduc reliant le champ gazier de Shah Deniz en Azerbaïdjan à Erzurum en Turquie via Tblissi. « Ce double “corridor énergétique” est la clé de voûte de la politique américaine dans la région. Il s’agit pour Washington de rattacher l’Azerbaïdjan et la Géorgie à peine sortis de leur tête-à-tête avec Moscou, à la Turquie, la deuxième armée de l’Otan », analysait récemment le quotidien français Le Monde. « La Géorgie est un nœud permettant d’exporter les ressources de la Caspienne en dehors » de Moscou, souligne Thomas Gomar, chercheur, basé à Londres, de l’Ifri (Institut français des relations internationales). La Géorgie a cherché, à partir de la deuxième moitié des années 90, à échapper à l’influence russe, le projet d’oléoduc BTC en est une illustration et la tentative de rapprochement avec l’Otan pour échapper au parapluie sécuritaire russe en est une autre. « Avec l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir à Moscou, on a assisté à une nouvelle fermeté russe. De plus, les Américains connaissent mal la région et après les attentats du 11 septembre, l’expérience russe de lutte antiterroriste leur est précieuse », explique Thomas Gomar. « Les Russes sont également en train d’acquérir un rôle leader sur le marché pétrolier au cœur duquel ils ont réussi à se replacer. Ils ont regagné en influence dans le Caucase également grâce à leur habileté à éviter une confrontation avec les Américains », poursuit le chercheur. « Le projet d’oléoduc BTC reste soumis à risque par son coût exorbitant et par les zones de tension qu’il traverse comme la Géorgie mais aussi le Kurdistan turc », souligne Anita Tiraspolsky. Pour elle, les Américains « vont tout faire pour le soutenir, mais quand on voit l’expérience irakienne... »

