L’affaire, qui met en cause la crédibilité de l’armée et celle du général Dan Haloutz, commandant de l’armée de l’air, dont le nom est souvent cité pour succéder un jour au général Moshe Yaalon au poste de chef d’état-major, faisait hier la une du quotidien Maariv. « Le commandant de l’armée de l’air dans un beau pétrin », titrait ainsi le journal, pour lequel il s’agit, ni plus ni moins, d’un flagrant délit de mensonge.
Les faits remontent au 20 octobre, lorsqu’Israël avait lancé successivement cinq raids aériens dans la bande de Gaza.
Douze Palestiniens, dont deux activistes recherchés, avaient été tués dans l’un de ces raids, qui avait visé une voiture dans le camp de réfugiés de Nousseirat.
Au lendemain du raid, le général Haloutz convoquait une conférence de presse, films vidéo pris lors de l’opération à l’appui, pour essayer de prouver qu’il n’y avait pas de concentration de civils dans le secteur au moment de l’attaque et que, par conséquent, les Palestiniens avaient gonflé le nombre des victimes.
Les munitions utilisées, affirmait le général, étaient des missiles de type Hellfire tirés par des hélicoptères Apache et dont l’effet, selon lui, équivaut à celui « de deux grenades offensives », rapporte le correspondant militaire du Maariv, présent ce jour-là au briefing.
C’est le député d’opposition Yossi Sarid, membre du parti Meretz (gauche), qui a relancé l’affaire en exigeant du ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, des éclaircissements sur le type de munitions utilisées. M. Mofaz s’étant dérobé, M. Sarid a alors menacé de dévoiler « des informations confidentielles » qu’il possèderait sur le sujet. Selon lui, l’armée a utilisé « des munitions puissantes avec un rayon d’impact inhabituellement large ». À l’issue d’une rencontre mercredi soir avec le général Haloutz, M. Sarid a affirmé qu’il était « évident que les premières informations fournies par l’armée n’étaient pas complètes ».
L’armée, embarrassée, a indirectement reconnu que des munitions autres que des Hellfire avaient été utilisées dans l’attaque, assurant qu’elle n’avait pas pu, « pour des considérations opérationnelles et de sécurité », rendre publics les détails de l’affaire.
Malgré les apparences, elle s’est toutefois défendue d’avoir voulu délibérément induire en erreur les médias. « Secrets ou mensonges ? » s’interroge le Maariv, pour lequel l’affaire est à la fois « stupide et inquiétante ». « Un futur chef d’état-major ne peut mentir, et mentir à des journalistes, c’est mentir au peuple », écrit le journal dans un éditorial.
« Les défenseurs du général Haloutz soutiendront qu’il n’a pas voulu dévoiler l’existence d’armements stratégiques secrets. C’est son droit. Et même son devoir. Mais pourquoi mentir ? Il aurait pu se taire. On ne lui avait rien demandé sur le type de munitions utilisées », écrit le journal.

