« En fait, la crise se situe au niveau de la démocratie, pas au niveau des concepts. Le débat doit être démocratique. Or on nous impose les concepts et les termes du débat. Par conséquent, on nous impose le débat. Pour ce qui est par exemple du Syria Accountability Act, lequel est à caractère punitif vis-à-vis de la Syrie, nous n’avons pas à entrer dans le débat. C’est la Syrie qui nous mêle au débat, en affirmant que Damas et Beyrouth sont contre cette proposition de loi », précise-t-il.
Et de poursuivre : « Il faut se méfier du Syria Accountability Act. C’est une erreur de dire que les États-Unis exigent le départ de la Syrie. Personnellement, je suis en faveur d’un retrait syrien. Mais maintenant que Washington réclame le retrait syrien, je constate aussi a posteriori que si les forces syriennes sont au Liban, c’est avec l’accord américain. Entre 1989-1991 et 2003, ils n’ont pas demandé aux Syriens de partir. En d’autres termes, la Syrie, de par son attitude, accrédite l’idée qu’elle est au Liban avec la permission des États-Unis. Une idée qui, par ailleurs, la dessert particulièrement. »
Et de conclure : « Il existe deux manières de percevoir le Syria Accountability Act. La première position est solidaire de la Syrie, et c’est celle du régime libanais. L’autre position tient compte du contexte de régionalisation des problèmes, de l’influence hégémonique et inacceptable des États-Unis, des questionnements américains à l’adresse de régimes sur la transparence politique, l’appui à des mouvements qualifiés de “terroristes”, la démocratisation des régimes... L’injustice du Syria Accountability Act ne tient pas à la mise en accusation du régime syrien mais à l’absence de mise en accusation du régime israélien. C’est la partialité du jugement et non sa pertinence qu’il faut remettre en question. Je suis contre l’aspect punitif, agressif, qui braque inutilement et sans horizons politiques. Il fait partie d’une politique de sécurité américaine fondée sur la méconnaissance des droits. La sécurité est nécessaire, mais il ne faut pas oublier la justice. Or les Américains sont injustes avec la Syrie, et favorables à Israël. Par ailleurs, les thèmes posés par le Syria Accountability Act doivent rebondir dans la région, en incluant la question du retrait israélien des territoires occupés, l’édification de l’État palestinien et le règlement du sort des réfugiés. Cette proposition de loi permet au moins de constituer un agenda des problèmes à traiter. »

