Après avoir traversé ravins et buissons, les combattants étrangers se retrouvent à l’entrée de Husaybah, une ville de 120 000 habitants.
Par son emplacement et du fait des efforts des soldats américains pour contrôler la frontière, la ville est devenue une véritable ligne de front, où les forces américaines et la police irakienne sont la cible d’attaques quotidiennes alors qu’elles tentent d’empêcher toute infiltration.
« Husaybah est une porte d’entrée », affirme le commandant Daniel Dwyer du 1er escadron du 3e régiment de cavalerie blindée. « Je pense que l’ennemi subit des pertes. Nous les empêchons de franchir la frontière au nord et au sud du fleuve », ajoute-t-il.
L’armée américaine a d’ailleurs annoncé hier qu’elle détenait à Husaybah douze combattants appartenant à une cellule soupçonnée d’être à l’origine d’attaques contre la coalition dans cette ville.
Jusqu’à la mi-octobre, reconnaît le commandant, les combattants étrangers pouvaient entrer assez facilement en Irak. Seulement la moitié des 1 100 hommes du 1er escadron étaient en charge de cette zone cruciale et poreuse. « De mai à septembre, nous étions surtout focalisés sur le poste-frontière et sur la ville. Nous n’avions pas les mêmes capacités qu’aujourd’hui », affirme l’officier. « Si vous étiez un étranger et que vous vouliez venir ici, vous auriez emprunté des chemins en raison de la faible présence de la coalition. C’était facile pour les étrangers de venir. » La route offre en effet un bon camouflage grâce à sa forêt aux volontaires et aux villageois qui sont prêts à aider moyennant argent, et un accès facile vers les points chauds de la guérilla, Ramadi et Falloujah, dans la province d’al-Anbar à l’ouest de Bagdad.
Depuis le 15 octobre, la totalité du 1er escadron, avec l’infanterie, des chars et un soutien aérien, surveille les 200 km de frontière.
Mais dès que l’armée s’est impliquée, Husaybah s’est transformée en zone de guerre. Et les combattants essaient de convaincre les habitants de ne pas coopérer avec les Américains. La police a d’ailleurs déjà fait les frais de cette situation : son chef a été abattu en rentrant chez lui le 9 octobre. Son remplaçant a été blessé par un obus de mortier et a renoncé à venir au travail. Des hommes armés ont pénétré à deux reprises dans le commissariat pour menacer de tuer les policiers s’ils ne démissionnaient pas. La maison du maire a également été mitraillée.
Les Américains ont également tué par erreur un policier, il y a une semaine. Si les soldats américains affirment qu’une enquête a été ouverte, les policiers sont ébranlés. « Les gens et les Américains nous tirent dessus. Nous ne savons pas quoi faire », affirme Khalil Ibrahim, le troisième chef de la police en un mois. Mais il a surtout peur des Irakiens qui lui font la guerre. « Ce sont des islamistes, des affidés de Saddam et des voleurs », dit cet officier au regard hagard car le poste de police a subi la nuit dernière une nouvelle attaque de mortier.
Les habitants appellent les combattants moudjahidine, et s’ils affirment qu’ils sont tous irakiens, les Américains n’en sont pas convaincus. « Si vous subissez des attaques coordonnées, ce sont soit des combattants étrangers, soit des partisans de l’ancien régime », affirme Dwyer. Il y a juste une semaine, des roquettes antichar RPG ont été tirées sur un convoi dans le village voisin de Saad et plusieurs soldats américains ont été blessés.

