La réforme, qui doit coûter 400 000 euros, sera menée par M. Pohl avec la collaboration du directeur de ballet et de la choréographe de l’Opéra de Vienne, Renato Zanella, un historien, un expert musical ainsi que les trois écuyers en chef de l’école.
Elle portera sur la musique, la chorégraphie et l’enchaînement des exercices des chevaux, éventuellement aussi les uniformes des cavaliers, selon M. Zanella.
L’équitation classique, telle qu’elle est pratiquée depuis plus de quatre siècles par l’école de Vienne, a été développée sur la base de pratiques guerrières du Moyen Âge portées à leur apogée par les maîtres français Antoine de Pluvinel et François Robichon de la Guérinière.
Cet art équestre, qui comporte les célèbres « allures, pas et sauts de la Haute École », dont des piaffers, passages, levades, cabrioles et courbettes, prône avant tout une parfaite harmonie entre le cavalier et sa monture. Cette harmonie est traditionnellement parfaite grâce aux étalons blancs de race lipizzane de l’école qui garantissent l’intelligence, la robustesse, l’élégance et la grâce nécessaires à ce genre d’exercices réalisés au terme d’un apprentissage d’au moins quatre ans.
« Il est temps de se poser des questions critiques » sur l’école, explique M. Pohl, qui souhaite remonter à la tradition baroque d’avant 1918. Il envisage ainsi de « puiser dans les trésors de la musique baroque » pour accompagner les prestations des chevaux, au lieu de la Symphonie Jupiter de Mozart, des valses et des marches viennoises les accompagnant habituellement.
Le directeur de l’école veut aussi utiliser « la technique moderne, jouer avec la lumière et mieux faire ressortir les merveilles du manège baroque » où évoluent les chevaux et qui, situé dans l’ancien palais impérial du centre de Vienne, est considéré comme le plus beau au monde.
M. Pohl pense également introduire, grâce à l’augmentation du nombre des chevaux, un « avant-programme où une calèche pourrait être présentée comme à l’époque baroque », un « pas de trois » qui contrasterait avec l’actuel « pas de deux » et des quadrilles auxquels participeraient quatre ou six chevaux, au-lieu de huit actuellement.
M. Zanella envisage de son côté « un changement de l’enchaînement des pas sans jamais changer les pas eux-mêmes ». « Nous cherchons l’innovation dans la tradition, nous voulons plonger loin dans le passé », a-t-il indiqué.
Il envisage d’insérer dans la présentation « trois à quatre nouveaux numéros » et de troquer les actuels costumes marron des écuyers. « J’aimerais bien voir du rouge », a-t-il confié.
Ernst Bachinger, ancien écuyer en chef de l’école, craint que ces changements n’altèrent l’art équestre classique pratiqué à Vienne et n’entraînent « un dérapage vers l’équitation de cirque ».
S’il concède que « la musique peut être changée », il est en revanche intransigeant sur le reste. « On ne peut et on ne doit rien changer à l’école espagnole. L’équitation classique ne doit pas être changée, elle n’a pas été changée depuis plus de quatre siècles », observe-t-il.

