« Tous nos ouvrages de référence sur la région affirment qu’il n’y a plus que 1 000 yazidis à travers le monde. Pourtant, il y en a 200 000 rien que dans cette région du nord-ouest de l’Irak », dit Gene Palka, sous-lieutenant de l’armée américaine, soulignant son étonnement face au nombre d’adeptes rencontrés.
Vivant dans les coins reculés des montagnes du Kurdistan, les yazidis puisent les origines de leur foi dans le mazdéisme né en Iran il y a près de 4 000 ans et dans le culte de Mithra. Mais ils sont monothéistes, et leur foi syncrétique peu connue ne présente pas de dogme unifié, du fait des persécutions dont ils disent avoir été victimes.
Les yazidis, qui ont été affublés de l’étiquette d’« adorateurs du diable » pour leur refus de reconnaître son existence, disent que leur religion était la religion originelle des Kurdes, avant l’islamisation intervenue au tournant du premier millénaire.
« Près de 5 % des Kurdes ont refusé de se convertir », ce qui leur a valu d’être mis à l’index, dit le sous-lieutenant Palka.
La cohabitation des yazidis avec les troupes américaines est des plus pacifiques, ajoute l’officier, « certains yazidis préféreraient nous voir partir, mais ce qu’ils veulent avant tout, c’est qu’on les laisse tranquilles et continuer à vivre comme ils en ont l’habitude ».
Depuis mai, le lieutenant Palka et son peloton de la compagnie Charly de la 101e division aéroportée américaine vivent aux abords de villages yazidis. La plupart de ces localités, comme Haktien, sont situées dans les montagnes désertiques du nord de l’Irak, près de la frontière syrienne. La religion des yazidis « comporte des similitudes avec le judaïsme et le christianisme, et a subi des influences du culte de la Vierge Marie. Ils croient en un seul Dieu et à sept anges », dit le sous-lieutenant Palka. D’après lui, « les Arabes considèrent les yazidis comme la forme la plus inférieure de l’être humain, exactement comme du temps de la ségrégation aux États-Unis ». Mais bien qu’ils parlent kurde, la haine qu’ils portent aux Kurdes musulmans est suffisante pour qu’ils refusent d’appuyer les tentatives de l’Union populaire du Kurdistan (UPK) pour l’établissement d’un État kurde souverain.
Mais ils réservent leur haine la plus profonde à Saddam Hussein, qui, selon le doyen du village de Haktien, Mahmoud Hyder, avait commencé en 1975 à les chasser des montagnes pour les reloger dans des vallées arides. « C’était un homme mauvais, pour tous les Irakiens. C’était un fou, maintenant la situation s’améliore », a-t-il affirmé en ajoutant : « Les Américains sont bons et un jour, ils rentreront chez eux. »
D’après lui, le raïs déchu n’a visité la région qu’en 1981, durant la campagne de recrutement pour la guerre Irak-Iran, qui a coûté la vie à des centaines de yazidis et laissé un grand nombre d’entre eux avec des blessures permanentes.
Saddam avait alors laissé de larges photos de sa personne pour rappeler aux yazidis à qui ils devaient faire allégeance. Selon les histoires qui avaient circulé alors, le fils aîné de Saddam, Oudaï, avait coupé la langue à un yazidi qui n’avait pas applaudi assez fort pendant la visite du président au village.

