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Made in chez nous Haute couture, une saison libanaise(PHOTOS)

La mode libanaise est sous haute surveillance. Élie Saab, dont une robe portée par Halle Berry aux Oscars a fait la une de toute la presse mondiale, vient de se faire remarquer à nouveau aux Emmy Awards. Debra Messing, qui a obtenu le trophée pour le meilleur rôle féminin dans une comédie télévisée (Will and Grace), s’est présentée à la tribune la plus photographiée du moment drapée par Saab d’une robe en brocart rose, sans bretelles et saluée par la critique pour sa superbe élégance. Au même moment à Beyrouth, la première semaine d’octobre était marquée par un événement «fashion» qui s’est déroulé entre le Biel et le Mövenpick. Parallèlement à une foire de la confection qui a réuni des industriels, des commerçants et des créateurs de toute la région, des couturiers libanais présentaient leurs collections avec force cocktails, people du cru et mises en scène… quel est le féminin de pompier?
Vicken d’abord, dont on ne sait pas grand-chose sinon, comme l’indique son carton d’invitation, qu’il a beaucoup voyagé et qu’il s’inspire de ses voyages pour «nous emmener dans un monde à part où les princesses de la mode flottent dans les airs». Le problème c’est qu’à force de mélanger les genres, les matières et les sources, ses robes se fondent dans l’uniformité d’un genre mousseline dentelle paillettes et cuir lacéré qui devient le leitmotiv d’une certaine «haute couture» à la libanaise. Cette tendance au goût discutable est révélatrice d’une image paradoxale de la femme orientale. Derrière la pudeur des jours ordinaires, cultive-t-elle systématiquement des fantasmes de danseuse du ventre? À en croire les falbalas et l’érotisme sans détours des collections découvertes plus tard, le marché local de la mode semble demandeur de paillettes et de nudités. Encore y faut-il l’humour qui sauve du désastre et l’inspiration nécessaires pour donner à l’anatomie l’esprit qui lui permet d’irradier. Car les «princesses», à part celles qui n’ont pas encore jeté leur dernière Barbie, ont elles aussi voyagé et aspirent à autre chose qu’à «flotter dans les airs», d’autant qu’il faudrait de sacrées ailes pour soulever tous les brocarts proposés.
Dany Atrache quant à lui est né dans le métier. Fils du couturier Abdel Massih Atrache, il a fait ses études à ESMOD international et des stages chez Dior, Montana et Torrente. De retour à Beyrouth en 1998, il bénéficie de l’atelier familial déjà bien rodé et crée sa propre maison de couture. La collection qu’il propose pour l’hiver 2004 ne se distingue hélas pas des autres. Toujours ce thème écœurant des mousselines transparentes couleur peau, rebrodées de pleins tiroirs de mercerie et de force mini-masques vénitiens (il a choisi pour thème le carnaval). Toutes les prouesses de découpe, tout ce qui peut se faire en couture est échantillonné sur une même robe. Il est vrai que c’est la règle des grands défilés de montrer une tendance, un savoir-faire, plutôt que des tenues réellement portables. Mais là encore, rien ne surgit de l’outrance: ni choc, ni plaisir, ni surprise, bien que ses mariées soient quasiment nues, ce qui n’est même plus un signe d’originalité. À force de se conformer au goût des nouveaux portefeuilles, on en oublie l’histoire du costume, ses proportions, son évolution, son rôle de code, de message, de langage.
Le thème d’Élie Féghali était le «Glamour». Issu de l’académie beyrouthine «Michel-Ange», ce couturier, sur la place depuis une dizaine d’années, compte parmi ses fidèles les chanteuses libanaises Madonna et Haïfa Wehbé. D’abord spécialisé dans le maquillage, son succès dans ce créneau lui ouvre une voie dans la couture «événementielle»: celle des mariages et des grands soirs. En maître de la palette, la sobriété et l’harmonie des couleurs compensent chez lui les excès de détails couture, péché commun à tous ses collègues de cette foire de la haute couture en mal d’identité.
À l’heure où la couture libanaise bénéficie d’un intérêt croissant dans le monde grâce à des têtes de proue telles qu’Élie Saab entre autres, il serait dommage que le bénéfice de cet élan se perde en prouesses techniques et en surenchères d’excès mal canalisés. Aimez les femmes, messieurs les couturiers! C’est le seul secret. Alors vous serez à l’écoute de leur identité secrète, loin de la cacophonie désolante de vos derniers podiums.

RUBRIQUE RÉALISÉE PAR FIFI ABOU DIB
La mode libanaise est sous haute surveillance. Élie Saab, dont une robe portée par Halle Berry aux Oscars a fait la une de toute la presse mondiale, vient de se faire remarquer à nouveau aux Emmy Awards. Debra Messing, qui a obtenu le trophée pour le meilleur rôle féminin dans une comédie télévisée (Will and Grace), s’est présentée à la tribune la plus photographiée du moment drapée par Saab d’une robe en brocart rose, sans bretelles et saluée par la critique pour sa superbe élégance. Au même moment à Beyrouth, la première semaine d’octobre était marquée par un événement «fashion» qui s’est déroulé entre le Biel et le Mövenpick. Parallèlement à une foire de la confection qui a réuni des industriels, des commerçants et des créateurs de toute la région, des couturiers libanais présentaient leurs...