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À Bagdad, contre les voleurs, les Irakiens ont la gâchette facile

Dans la rue, les gardes ont vu des hommes louches roder, puis des policiers armés arriver à leurs trousses et crier : « Ce sont des voleurs ». Alors tous se sont mis à tirer ensemble.
Salah Hassan est hilare en racontant l’anecdote déroulée dans le centre de Bagdad en plein milieu d’après-midi. Il est le chef des gardes de l’hôtel Rimal, à deux pas de l’hôtel Cedar, dans un quartier bourgeois de la capitale irakienne. Ce n’est pas la première fois que cela arrive.
« Deux types sont arrivés, l’air louche, et nous ont demandé leur chemin. Des policiers sont arrivés avec leurs fusils, ils nous ont dit que c’étaient des voleurs », raconte M. Hassan. « Quand les gardes de l’hôtel Rimal ont entendu le mot “voleur” ils se sont mis à tirer. Du coup ceux de l’hôtel Cedar, en face, ont fait de même. Puis à leur tour les policiers », a-t-il ajouté. La fusillade a duré cinq minutes. Les voleurs présumés se sont échappés.
Salah Hassan affirme toutefois que les gardes sont bien entraînés, ne tirent que pour effrayer et savent reconnaître les suspects : une voiture qui rode dans le coin, roule trop vite ou grille les feux rouges, ce qu’en réalité tout le monde fait à Bagdad, au nom de la liberté retrouvée.
L’autre fois, c’est contre une voiture qui ne voulait pas s’arrêter aux chicanes de béton placées en quinconce près de son hôtel que ses hommes ont ouvert le feu. « Ils ont tiré, on a répliqué », dit-il, avant de reconnaître : « On ne sait pas où vont les balles, surtout quand on nous attaque, parfois on n’a pas le temps de viser ».
De telles fusillades sont monnaie courante à Bagdad depuis la chute de la ville aux mains des troupes américaines le 9 avril, qui avait donné lieu à des pillages de grande ampleur. Et même, elles sont légales s’il s’agit d’autodéfense. « Après la chute du régime, les citoyens ont dévalisé les bases militaires. Chaque famille à Bagdad possède une arme pour se protéger. Les gens ont peur des voleurs donc ils dégainent facilement. Si c’est pour se défendre, ils ont le droit », explique le capitaine de police Jassem Mohammed.
Mi-mai, la coalition américano-britannique a autorisé les particuliers à garder leur arme, à condition qu’ils l’enregistrent et ne l’utilisent que chez eux, rappelle le capitaine.
« Si quelqu’un tue un voleur, on l’arrête et on ouvre une enquête. Si l’on conclut que c’est bien un brigand qui est mort, on le libère », dit-il. Il cite le cas d’un avocat qui vient de déposer plainte. Pour garder sa BMW, il a tiré contre son voleur et l’a blessé. Ce dernier a été arrêté et l’avocat libéré sans autre procédure que celle qu’il a lui-même ouverte.
Dans ce domaine, Mohammed Abdallah, professeur d’université, est blasé. Il dort la kalachnikov près du lit. Deux maisons de sa rue ont été dévalisées et trois fois, lui et sa famille ont failli être cambriolés. Début août, c’est le fils des voisins qui les a prévenus que deux hommes essayaient de voler la voiture. « On les a chassés, mais mon frère a pris son pistolet, sa moto et les a poursuivis. Il a tiré et en a touché un, sans savoir s’il l’avait blessé ou tué. Puis il est rentré à la maison », raconte-t-il.
La semaine dernière, c’est sa belle-sœur qui l’a réveillé par ses cris à 05h00 du matin. Il y avait un voleur sur le toit. « Je lui ai couru après et tiré, mais il a réussi à sauter par-dessus le portail. Je l’ai poursuivi dans la rue et j’ai tiré trois ou quatre rafales. Puis j’ai réalisé que j’étais dans la rue en train de tirer et que si les Américains me voyaient, ils ouvriraient le feu sur moi », poursuit ce professeur. Les policiers sont arrivés, ils ont voulu l’arrêter, puis tout est ensuite rentré dans l’ordre. La kalachnikov a retrouvé sa place près de l’oreiller.
Dans la rue, les gardes ont vu des hommes louches roder, puis des policiers armés arriver à leurs trousses et crier : « Ce sont des voleurs ». Alors tous se sont mis à tirer ensemble.Salah Hassan est hilare en racontant l’anecdote déroulée dans le centre de Bagdad en plein milieu d’après-midi. Il est le chef des gardes de l’hôtel Rimal, à deux pas de l’hôtel Cedar, dans un quartier bourgeois de la capitale irakienne. Ce n’est pas la première fois que cela arrive.« Deux types sont arrivés, l’air louche, et nous ont demandé leur chemin. Des policiers sont arrivés avec leurs fusils, ils nous ont dit que c’étaient des voleurs », raconte M. Hassan. « Quand les gardes de l’hôtel Rimal ont entendu le mot “voleur” ils se sont mis à tirer. Du coup ceux de l’hôtel Cedar, en face, ont fait de même. Puis...