Le porte-parole de M. Sharon, Raanan Gissin, a indiqué que le gouvernement israélien voterait sur ce plan « aussitôt que possible », laissant entendre que le résultat ne faisait guère de doute. Mais il ne s’agira pas d’une acceptation dénuée d’ambiguïté ou d’équivoque, bien au contraire.
« Ce sera une acceptation claire dans le contexte » des assurances fournies à Israël vendredi par la Maison-Blanche, « incorporant les clarifications et promesses américaines, pas sans elles », a poursuivi M. Gissin.
Le problème pour les États-Unis, l’un des quatre parrains de ce plan de paix (avec l’Onu, la Russie et l’Union européenne), est que le gouvernement de M. Sharon avait fait savoir qu’il n’accepterait jamais la « feuille de route » telle qu’elle a été rendue publique le 30 avril, estimant qu’elle mettait en danger la sécurité d’Israël.
Or, le Premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), dont le gouvernement a accepté la « feuille de route », avait averti qu’il ne l’appliquerait pas tant que l’État hébreu ne l’aurait pas lui aussi acceptée. Il l’avait dit à M. Bush lorsque celui-ci l’avait appelé mardi.
Pour les Palestiniens, appuyés en cela par les Européens, les deux parties doivent appliquer le plan de manière « parallèle », c’est-à-dire que les mesures doivent être simultanées.
Mais les Israéliens exigent que M. Abbas prenne d’abord des mesures contre le « terrorisme », en faisant une condition préalable à l’application du plan, et affirment être soutenus en cela par les États-Unis.
« Il y a une étape préliminaire qui doit être atteinte, et qui a été énoncée très clairement par le président Bush, c’est que des mesures (doivent être) prises pour stopper le terrorisme », a dit M. Gissin dans une interview à CNN. Bref, l’acceptation par Israël, peut-être dès dimanche, de la « feuille de route » ne signifie pas que les différences d’interprétation qui bloquent son application auront disparu, loin de là.
Israël continuera d’exiger de M. Abbas qu’il fasse le premier pas en s’en prenant aux groupes armés palestiniens, et l’application du plan donnera lieu à des négociations interminables.
C’est sans doute pour tenter de sortir de cette impasse, qui menace d’entraîner la disparition prématurée de la « feuille de route », que M. Bush a indiqué vendredi qu’il envisageait « sérieusement » de rencontrer MM. Abbas et Sharon.
Mais, déjà, des voix israéliennes s’élèvent contre le plan de paix : le ministre israélien de l’Habitat, Effi Eytam, chef du Parti national religieux (PNR, porte-voix des colons juifs dans les territoires palestiniens), a indiqué que sa formation et lui voteraient contre l’acceptation de la « feuille de route », a rapporté la radio publique israélienne. Le PNR est représenté par deux ministres au gouvernement.
Le député Youri Stern, chef du groupe parlementaire de la formation d’extrême droite Union nationale, représentée également par deux ministres au sein du gouvernement, a estimé, pour sa part, qu’une acceptation de la « feuille de route » équivaudrait à un « suicide national », selon la radio.

