« Il a perdu son prestige, il a perdu des membres de son parti (travailliste) et il a perdu la confiance du Labour en général », estime Lord William Wallace, spécialiste des relations transatlantiques à la London School of Economics.
« Ce sont des problèmes à long terme, qui affectent la stature de Tony Blair », ajoute-t-il.
M. Blair a quitté vendredi Varsovie pour Saint-Pétersbourg, où il assistera à la célébration du tricentenaire de la ville à l’invitation du président russe Vladimir Poutine. Il avait la veille effectué une visite-éclair dans le sud de l’Irak pour y saluer les troupes britanniques.
Belle opération de marketing des propagandistes de Downing Street, l’escale irakienne a donné lieu aux inévitables photos d’enfants embrassant un Premier ministre travaillant son « look » décontracté (jeans noirs, chemise blanche au col ouvert) ou lui offrant des fleurs.
En Grande-Bretagne, cependant, les médias ne le lâchent pas et exigent des explications sur la façon dont le gouvernement aurait grossièrement exagéré la menace des armes de destruction massive (ADM) irakiennes.
L’ancien ministre travailliste Robin Cook, qui a démissionné pour protester contre l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne sans mandat onusien, réclame l’ouverture d’une enquête parlementaire.
La gauche historique du Labour déteste Tony Blair, en qui elle voit un homme de droite cynique, opportuniste et obsédé par son image. Aujourd’hui, elle n’a pas de mots assez durs pour le critiquer.
« Je crois que le Premier ministre nous a menti, encore et encore », a affirmé jeudi Tony Benn, ancien ministre et « figure » emblématique du Labour. « Toute cette guerre a été basée sur des mensonges », a-t-il dit.
Selon la BBC, qui cite un haut responsable non identifié, Downing Street a ordonné une « réécriture » du dossier sur les prétendues ADM irakiennes une semaine avant sa présentation par M. Blair aux communes, le 24 septembre dernier.
La consigne était simple : il fallait faire peur, rendre le dossier « plus sexy » – selon la BBC – pour mieux « vendre » une intervention militaire à une opinion publique majoritairement réticente ainsi qu’à une grosse minorité des députés travaillistes franchement hostiles.
Saddam Hussein, avait affirmé Tony Blair, était en mesure d’utiliser ses ADM dans un délai de 45 minutes seulement. Pourtant, plus d’un mois et demi après la chute de Bagdad, les troupes américaines et britanniques n’ont toujours pas trouvé la moindre ADM irakienne.
L’explication « la plus évidente », indiquait vendredi l’hebdomadaire conservateur The Economist, c’est qu’« il n’y a pas d’armes de destruction massive » en Irak.
Le journal rappelle que début février, Downing Street avait déjà trafiqué un autre dossier sur les armes irakiennes, recopiant mot pour mot des pans entiers de la thèse de doctorat d’un étudiant américain, fautes d’orthographe comprises...
Tony Blair « est dans une situation difficile, souligne Lord Wallace. Il a choisi de soutenir les États-Unis alors que beaucoup de gens, en Grande-Bretagne et spécialement dans la classe politique, étaient sceptiques sur l’ampleur de son soutien à George Bush ».
M. Blair « doit maintenant expliquer que le dossier (sur les ADM) exhibé avec fanfare a été altéré, contre l’avis des services de renseignements, par Alastair Campbell, son porte-parole officiel, et son équipe », a pour sa part déclaré vendredi Tam Dalyell, doyen travailliste de la Chambre des communes.


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