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La France, entre rigueur et fantaisie

Le XV de France, qui entamera la Coupe du monde face aux Fidji le 11 octobre à Brisbane, semble chercher un équilibre subtil entre la rigueur et la fantaisie dans son jeu, sur fond d’uniformisation du rugby. La question revient à intervalle régulier. Chaque déplacement dans l’hémisphère Sud éveille des interrogations sur la disparition du « French flair », ce mélange de talent, de fantaisie et de romantisme propre au XV de France, à la base de quelques exploits retentissants, et incarné par des grands noms, d’André Boniface à Philippe Sella, en passant par Jo Maso ou Serge Blanco.
Ces évocations semblent agacer l’entraîneur Bernard Laporte, qui a apporté une touche de rigueur depuis son arrivée à la tête du XV de France, après la Coupe du monde 1999.
« En 2002 (année où la France a réussi le grand chelem dans le tournoi), personne ne nous parlait de notre manque d’inspiration, souligne-t-il. Et puis, l’inspiration, ce sont les joueurs qui l’ont. Quand je vois l’Anglais Robinson placer un cadrage-débordement face à deux de nos joueurs, l’entraîneur n’y est pour rien. »

« On donne du sens »
Icône du jeu « à la française » depuis la fin des années 60, et désormais manageur du XV de France, Jo Maso vole au secours de la méthode. « On a l’impression que le jeu français est bridé. Non ! répond-il. Sur une attaque en première main, si on a l’occasion d’aller au bout, on y va. Mais c’est beaucoup plus difficile aujourd’hui parce que les défenses sont plus resserrées. En fait, on n’a pas perdu le “flair”. On l’a renforcé, parce que l’on donne du sens à ce que l’on fait. »
Selon l’encadrement du XV de France, l’expression individuelle dépend avant tout de la performance collective. Exemple à l’appui. « Je pense que lors du Mondial 99, Christophe Dominici avait la même inspiration en demi-finale (face aux All Blacks contre qui il fut extraordinaire) qu’en finale face à l’Australie (défaite 35-12), estime Bernard Laporte. Il n’y a aucune raison pour que cela ait changé en une semaine. Or, on l’a beaucoup moins vu en finale, parce que l’attaque et l’inspiration de l’attaquant dépendent avant tout de la conquête et de la défense. »
Adossé à ce postulat, l’entraîneur du XV de France a, depuis son arrivée en novembre 1999, construit graduellement l’édifice. Il s’est d’abord penché sur la conquête, puis sur la défense, avec l’aide de son adjoint David Ellis à partir de novembre 2001. Avant d’aborder le jeu offensif.

« Moins d’espace qu’avant »
« En fait, explique-t-il, on travaille l’organisation pour savoir où pénétrer dans une défense et comment rebondir si l’on n’y parvient pas. Et aujourd’hui, tout le monde s’entraîne de la même manière. La seule chose qui change, c’est qu’à un certain moment, un joueur fait la différence. Que je sache, un entraîneur ne va jamais empêcher un joueur d’exprimer son inspiration et sa créativité. »
La différence se situe ailleurs. Les nostalgiques des courses ondoyantes de Blanco ou des accélérations de Philippe Sella doivent en priorité blâmer les progrès physiques des joueurs. « Ce qui a changé, glisse Bernard Laporte, c’est qu’il y a beaucoup moins d’espaces qu’avant, car les avants courent beaucoup plus. Cela fait que l’exploit est beaucoup plus difficile à réaliser qu’auparavant. » Surtout, le risque ne paye pas forcément. Plutôt que de tenter un hypothétique passage en solitaire dans une défense, avec la menace de se faire contrer et prendre le ballon, un joueur préfère attendre le renfort de ses coéquipiers.
« Le but de l’attaque, c’est de marquer des essais ou de faire faire des fautes à l’adversaire, rappelle Bernard Laporte. Seulement, dans le rugby moderne, sur dix essais, neuf sont marqués sur des ballons de récupération. » Un constat qui anesthésie de nombreuses envies de fantaisie.
Le XV de France, qui entamera la Coupe du monde face aux Fidji le 11 octobre à Brisbane, semble chercher un équilibre subtil entre la rigueur et la fantaisie dans son jeu, sur fond d’uniformisation du rugby. La question revient à intervalle régulier. Chaque déplacement dans l’hémisphère Sud éveille des interrogations sur la disparition du « French flair », ce mélange de talent, de fantaisie et de romantisme propre au XV de France, à la base de quelques exploits retentissants, et incarné par des grands noms, d’André Boniface à Philippe Sella, en passant par Jo Maso ou Serge Blanco.Ces évocations semblent agacer l’entraîneur Bernard Laporte, qui a apporté une touche de rigueur depuis son arrivée à la tête du XV de France, après la Coupe du monde 1999.« En 2002 (année où la France a réussi le grand chelem...