Saddam Hussein, dont la tête est mise à prix par les Américains, court toujours, mais avec la mort de ses deux fils, cet homme se retrouve traqué, privé de son principal soutien et des seuls hommes en qui il avait encore confiance. Oudaï et Qoussaï étaient parmi les rares proches de Saddam Hussein encore en liberté. Son secrétaire, Abdel Hamid Mahmoud, un as dans la liste des 55 personnalités recherchées par les Américains, avait en effet été arrêté le 16 juin. « Saddam Hussein va désormais avoir peur de son ombre, car les seules personnes à qui il se fiait ont disparu », a estimé Hoshyar Zebari, porte-parole du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). En outre, l’ancien dictateur se retrouve sans ressources. Qoussaï était considéré comme la « banque » et gérait l’argent. Lui et son frère Oudaï assumaient des responsabilités très étendues au sein de l’équipe.
Qoussaï s’était fait remettre sur ordre de son père environ un milliard de dollars par la Banque centrale irakienne quelques heures avant le déclenchement de l’offensive militaire américano-britannique, selon une information diffusée par le New York Times début mai.
« Qoussaï et Oudaï étaient les bailleurs de fonds des attaques armées menées contre les troupes américaines. En outre, c’étaient eux qui étaient en contact avec les différents commandos » auteurs des tirs contre les forces américaines, affirme M. Zebari.
Ce responsable d’une communauté qui a enduré les pires atrocités de l’ancien régime estime que la « marge de manœuvre de l’ancien dictateur s’est réduite ».
Les loyaux à l’ancien régime pourraient intensifier leurs attaques au cours des prochaines semaines, en riposte à la liquidation des fils de Saddam. Mais à moyen terme, le réseau va être désorganisé et les opérations baisser d’intensité, prédit-il.
En outre, le facteur peur semble avoir en partie disparu, avec la mort de deux symboles honnis du régime. Un vendeur vivant dans la cité déshéritée de Sadr, à la périphérie de Bagdad, n’a pas hésité à qualifier Saddam de « cancer qu’il faut extirper à la racine ». Pourtant, Saddam inspirait la crainte il n’y a pas longtemps encore. Et à chaque bande sonore diffusée par les télévisions satellitaires arabes, la terreur s’emparait des Irakiens d’un possible retour du tyran. Mais la diffusion de la dernière bande sonore n’a pas eu d’effet. « Ceux qui hésitaient encore à aider à la capture de Saddam vont sauter le pas et coopérer », a affirmé M. Zebari. Par contre, ceux qui misaient encore sur un retour de Saddam ont vu leurs espoirs déçus et sont démoralisés, selon lui.
Enfin, une troisième frange de la population estimait que Saddam Hussein était le plus « grand allié » des Américains. Celle-ci va désormais réaliser que les Américains sont sérieux en affirmant qu’ils veulent la tête du tyran. Saddam, bien qu’étant un homme sans pitié, a certainement été profondément chagriné par la mort de ses fils, estime par ailleurs un ancien général, qui a côtoyé le président déchu jusqu’aux années 1990. Il ajoute, sous le couvert de l’anonymat, que Saddam Hussein ne peut pas réellement bénéficier de la protection des tribus. « Il appartient à une famille modeste de Tikrit et n’est affilié à aucune tribu », a-t-il dit, ajoutant que c’est grâce à son épouse, Sajida, la mère d’Oudaï et Qoussaï, qu’il a été apparenté à une tribu.

