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HOMMAGE Joseph Hraoui : une médecine humaine et humaniste

Par Fouad N. BOUSTANY
Ancien président de l’Ordre des médecins

Au milieu des soucis de notre quotidien, le décès de notre confrère Joseph Hraoui (1920-2003) accapare aujourd’hui nos pensées. Il nous sort pour quelques instants du monde des illusions pour entrer dans le réel. Car la réalité, ce sont ces départs inéluctables d’êtres exemplaires qui, chaque fois, arrachent une partie de notre existence.
S’il est vrai que l’on doit la vérité aux morts, il n’y a rien dans celle que j’ai à dire ce matin qui puisse un instant faire hésiter ma plume ou trembler ma main.
Le médecin ami, maintenant disparu, notable dans sa contrée, confident de ses patients, serviteur de sa profession, parti dans la discrétion et la dignité, tous les médecins libanais savent qu’en s’inclinant devant son souvenir, c’est une certaine médecine humaine et humaniste qu’ils honorent. Rares sont les exemples d’une telle existence et d’un tel choix : pendant cinquante années, le dévouement et la totale disponibilité se sont confondus avec la vie de Joseph Hraoui.
Longiligne et droit, taillé à coups de hache, solide comme le roc de sa contrée, il fut pendant des décennies pour ses malades un monument d’application et de compassion, d’ardeur et tendresse. Son sens clinique et son flair diagnostique bien reconnus ont fait de lui le grand gynécologue de la Békaa. Strict dans sa conduite comme dans son savoir et ses amitiés il fut, par son humanisme, le contraire d’un homme moyen.
Il avait de sa mission et de sa profession une idée tellement élevée qu’il était convaincu qu’il dépend de la volonté de chacun de rester constamment ce qu’il est réellement, sans masque ni travesti. Les grands honneurs politiques qui lui ont été offerts, il les déclina dès que possible pour rester soi, en conformité avec son type et fidèle à sa profession : clinicien des gens ordinaires. Cette constance était encore pour lui le moyen le plus sûr pour rester près de ses malades, près des pauvres, près de ceux qui avaient besoin de lui. Avec, dans une période héroïque où à la campagne, le médecin n’avait que ses mains et ses doigts au bout desquels il avait des yeux, un sens tactile et de la bonté, remplacés aujourd’hui par des machines anonymes et indifférentes.
C’est cet héritage qu’il nous a légué qui me pousse à témoigner. C’est pour cet homme qui a fait d’une médecine de campagne une donnée essentielle de notre conscience et offert à notre profession une voie de rechange à une médecine mécanisée et monétisée.
Je ne sais si son courage et son choix sont contagieux. Je l’espère. Quand un homme comme lui meurt à 83 ans sans rien perdre des convictions ni même des illusions de sa jeunesse, on peut dire qu’il a eu une belle vie.
Par Fouad N. BOUSTANYAncien président de l’Ordre des médecinsAu milieu des soucis de notre quotidien, le décès de notre confrère Joseph Hraoui (1920-2003) accapare aujourd’hui nos pensées. Il nous sort pour quelques instants du monde des illusions pour entrer dans le réel. Car la réalité, ce sont ces départs inéluctables d’êtres exemplaires qui, chaque fois, arrachent une partie de notre existence.S’il est vrai que l’on doit la vérité aux morts, il n’y a rien dans celle que j’ai à dire ce matin qui puisse un instant faire hésiter ma plume ou trembler ma main.Le médecin ami, maintenant disparu, notable dans sa contrée, confident de ses patients, serviteur de sa profession, parti dans la discrétion et la dignité, tous les médecins libanais savent qu’en s’inclinant devant son souvenir, c’est une...