Dans la capitale russe, une trentaine d’écoles proposent maintenant des cours à des prix abordables. Dans les clubs de gym, les entraîneurs enseignent la danse du ventre aux côtés de l’aérobic et du yoga. Le centre de la Loubianka proposait à l’origine des cours de flamenco, de danse latino-américaine et de rock and roll. Il a ajouté la danse du ventre à son programme l’été dernier. « Ce sont les clientes qui l’ont réclamé », souligne son directeur Alexandre Ostrovski, expliquant cette nouvelle mode par le fait que « les Russes voyagent de plus en plus et veulent apprendre les choses vues dans d’autres pays ».
La Turquie et l’Égypte, où la danse du ventre est une tradition, sont les destinations préférées des touristes russes. « Tout ce qui est lié à l’Orient est à la mode en ce moment en Russie », estime Anastassia Manoukiants qui enseigne la danse du ventre à Moscou.
« Certaines fans se font même appeler par des prénoms orientaux et se teignent les cheveux en noir pour ressembler aux femmes orientales », raconte Poulat Abdouraïmov, professeur dans un club de fitness. Les femmes arrivent aux cours après le travail, fatiguées et stressées, et quittent la salle souriantes et détendues. « Elles n’ont pas l’impression d’apprendre quelque chose de nouveau, mais de se souvenir de mouvements qu’elles connaissaient déjà », souligne Anastassia.
« La danse du ventre produit un effet positif sur le fonctionnement des organes génitaux. Mes élèves me confient qu’après les cours, leur libido augmente », assure même Poulat.
Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire d’avoir du ventre pour danser. Mais certaines y vont pour s’ôter des complexes, comme Kristina, une esthéticienne de 27 ans, qui dit avoir souffert d’un ventre rondelet dans son adolescence. « Je n’avais pas du tout envie de me torturer avec des régimes ou du sport. J’ai pensé: pourquoi ne pas mettre en valeur ce que je considère comme un défaut et je me suis inscrite ». Aujourd’hui, en se regardant danser dans la glace, elle se trouve « beaucoup plus belle que les maigrichonnes » de son groupe.
Le plus dur c’est d’apprendre aux Russes à détendre le visage, constatent les entraîneurs. « Elles ont l’air si sévères lorsqu’elles dansent ! On dirait des Amazones », rigole Anastassia. « Le travail nous oblige à devenir agressives et nous perdons peu à peu notre féminité. Dans la danse, je retrouve l’harmonie des mouvements, j’apprends à séduire », explique Kristina. « Après tout, les femmes russes ont quelque chose d’oriental dans leur sang: regardez un peu nos pommettes! », sourit-elle.

