« Rien de bien révolutionnaire pour les post-soixante-huitards qui ont pris l’habitude de laisser “Libé” dans le métro pour le bien de leurs concitoyens », écrit le magazine Biba qui consacre dans son numéro de septembre une enquête à ce phénomène. Il fait allusion à la révolte estudiantine en France en mai 1968, et au journal de gauche Libération.
« Sauf que l’Américain Ron Hornbaker, dépositaire du label “bookcrossing”, a transposé le concept à l’ère de l’Internet, histoire de permettre aux libres-échangeurs de suivre l’itinéraire des bouquins qu’ils libèrent », ajoute-t-il.
Ce projet lui est venu en 2001, raconte ce spécialiste d’Internet, en voyant le site phototag.org qui fait circuler des appareils photos jetables à travers le monde et suit leurs parcours avant d’en publier les clichés sur le Web. Il en conclut que le livre est aussi, grâce à Internet, un parfait objet de « traque ».
Les personnes intéressées se connectent à bookcrossing.com pour enregistrer un livre sous un numéro d’identification unique et imprimer une étiquette à coller en deuxième de couverture. Celle qui trouve l’ouvrage va sur le site et indique où et quand elle l’a découvert et le lieu où elle va le relâcher.
« Notre but est de faire du monde une bibliothèque », peut-on lire sur le site qui revendiquait la semaine dernière 151 740 membres, 512 769 livres enregistrés et 25 millions de visites par mois.
Parmi les titres « relâchés » le 22 août, figuraient Between the woods and the water de Patrick Leigh Fermor (à Canberra, Australie) et La pequena Dorrit de Charles Dickens (à Vitoria, Espagne). Les livres « trouvés » étaient notamment 13,99 euros de Frédéric Beigbeder par un lecteur de Barcelone et Das Restaurant am Ende des Universums de Douglas Adams par quelqu’un de Yokohama.
Les vrais amateurs s’efforcent de ne pas « libérer » un livre n’importe où : si l’un d’eux a renoncé à laisser un roman sur Jack l’éventreur à l’institut médico-légal, un autre s’apprête à « relâcher » La nuit des temps de René Barjavel (qui se passe dans l’Antarctique) au rayon des surgelés d’un hypermarché.
Le site semble bien accueilli par nombre d’auteurs et d’éditeurs. Les adeptes jouent les prescripteurs et achètent de plus en plus de livres pour les « libérer » et certains auteurs feraient même circuler leurs propres œuvres, espérant bénéficier d’un bouche-à-oreille favorable.


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