Sa délivrance est venue au mois de juin dernier à Palo Alto en Californie, où elle a réussi le doublé 100-200 mètres aux championnats des États-Unis et s’est posée en favorite pour les championnats du monde qui débutent samedi à Paris.
« Je voulais tant décrocher ces titres que je n’ai pas pu retenir mes larmes, mais c’était des larmes de joie et j’en ai oublié les larmes de souffrance que j’ai versées dans le passé », confie-t-elle.
Neuf ans plus tôt presque mois pour mois – c’était en mai – Kelli White n’était que souffrance au point que ses meilleures amies la suppliaient de ne pas se regarder dans une glace.
Elle venait d’être agressée par un autre adolescent qui, la prenant apparemment pour une autre, lui avait sauvagement lacéré le visage à coups de couteau.
« Le chirurgien s’était arrêté de compter après 300 points de suture », se souvient-elle. Ce chirurgien a fait des miracles. Aujourd’hui, seule une petite cicatrice autour de l’œil gauche rappelle le calvaire de Kelli White.
« J’ai continué à m’entraîner. Et pourquoi ne l’aurais-je pas fait ? J’ai même couru le visage couvert de points de suture », dit-elle. La double championne des États-Unis explique aujourd’hui que cette épreuve lui a certainement donné la force de surmonter la dureté de l’entraînement d’une athlète de haut niveau.
Visage lacéré
Son deuxième accident de vie a eu lieu au mois de juillet dernier, au meeting de Stockholm, lorsque sa voûte plantaire a cédé. Elle a continué à courir avec une douleur permanente. « J’avais l’impression que quelqu’un me broyait le pied à chaque foulée », dit-elle, en précisant avoir douté de pouvoir revenir au plus haut niveau jusqu’au printemps dernier.
« Récupérer de la blessure a été plus dur que récupérer de l’agression », ajoute-t-elle.
Encore une fois, la fille de Debra Byfield, qui représenta la Jamaïque aux Jeux olympiques en 1972, a surmonté l’épreuve.
Aujourd’hui entraînée par l’ancien coach du Russe Valery Borzov, Remy Korchemny, et fiancée au lanceur de javelot allemand Boris Henry, elle rayonne et soutient que courir le 100 mètres est redevenu un vrai plaisir. « La course des championnats du monde sera très ouverte et cela augmente notre plaisir. Celui des spectateurs aussi, je pense », dit-elle.
« C’est beaucoup plus agréable que quand tout le monde sait qui va gagner et que la seule question qui se pose est de savoir qui finira deuxième. »
L’absence de Marion Jones, forfait pour cause d’accouchement en juin, n’est pas étrangère à ce changement, mais Kelli White reconnaît qu’elle aura une rivale redoutable en la personne de la Bahaméenne Chandra Stirrup. La Française Christine Arron et l’Ukrainienne Zhanna Pintusevitch-Block seront deux autres prétendantes au podium.
« La course sera d’un niveau relevé. Personne ne pourra dire que ce championnat du monde n’est pas un championnat du monde simplement parce que Marion Jones ne sera pas là », dit Kelli White.
« Un titre mondial est un titre mondial. »

