Qualifié de « bon bougre, mais plutôt faible en matière grise » par un de ses supérieurs militaires britanniques, Idi Amin Dada affirme en 1973 avoir acquis la conviction que Hitler avait agi avec justesse. Mais il renonce finalement à ériger un monument à la gloire du führer.
À l’ancienne puissance coloniale britannique, il réserve nombre de sarcasmes, proposant notamment de lui « envoyer des bananes » par avion « si elle vient à manquer de nourriture ».
Parmi ses nombreux autres « chefs-d’œuvre diplomatiques », une invitation lancée en 1976 à l’ancien président américain Richard Nixon à venir en Ouganda « pour se remettre des scandales du Watergate ».
En 1979, il propose « d’enlever tout l’armement conventionnel, de le remplacer par des bombes atomiques (...) et de les distribuer entre les nations » pour assurer la paix internationale.
Il a proposé aussi au président tanzanien Julius Nyerere, son grand ennemi dans la région, de régler leurs différends sur un ring de boxe. Ancien champion national des poids lourds, il proposait de garder un bras attaché dans le dos.
Il a même envisagé en 1981 d’organiser un combat dans lequel il affronterait l’ancien champion du monde, Mohammed Ali. « À condition que le combat ait lieu à Tripoli en Libye, où mon frère de sang Kadhafi servira d’arbitre, l’ayatollah Khomeini d’annonceur et Yasser Arafat (...) d’entraîneur », précisait-il toutefois.
« Le pays de l’homme noir »
En Ouganda, son règne est ponctué de nombreux témoignages, ou rumeurs, sur des atrocités qui ont causé la mort d’au moins 300 000 personnes de 1971 à 1979 : le Nil charriant des cadavres, une de ses épouses découverte découpée en morceaux dans une voiture, ou les anciens serviteurs du palais évoquant des têtes humaines dans les frigos.
Accusé à maintes reprises d’anthropophagie, il a reconnu avoir consommé une fois de la chair humaine, sous la contrainte, lorsqu’il servait dans l’armée britannique et qu’il était prisonnier des tribus Mau Mau. Volontiers mystique, il a étayé de religion sa politique xénophobe.
Lorsqu’il a expulsé en 1972 plusieurs dizaines de milliers d’Indo-Pakistanais d’Ouganda, il a expliqué avoir eu une vision de Dieu et l’avoir entendu lui dire : « Si tu veux sauver l’Ouganda, il est nécessaire (...) d’expulser du pays tous les étrangers. »
Idi Amin Dada s’est fait porter sur un palanquin par quatre Britanniques blancs et a limogé sa ministre des Affaires étrangères, la princesse Élisabeth Bagaya de Toro, qu’il accusait d’avoir fait l’amour avec un Européen dans les toilettes de l’aéroport d’Orly.
Au plus fort de son pouvoir, son titre protocolaire était « Son Excellence le conquérant de l’Empire britannique, el-Hadj, maréchal Docteur Idi Amin Dada, président à vie de la République d’Ouganda, commandant en chef des forces armées ougandaises, président du Conseil de la police et des prisons ». « Big Daddy » était fier aussi de son physique. « Mon visage est le plus beau du monde, ma mère et toutes mes femmes le disent », déclarait-il en 1979.
« Je n’ai pas perdu mon pays, je l’ai juste prêté. En tant que propriétaire de droit, je le récupérerai un jour », affirmait-il après avoir été renversé en 1979.
Sa déclaration la plus savoureuse date peut-être de février 1981 : « Depuis que je suis parti, les droits de l’homme ne sont plus respectés en Ouganda. »

