Dès la fin de la guerre, ils ont repris le chemin de l’Irak, tandis que les commerçants turcs de la région frontalière voyaient déferler les acheteurs irakiens, venus se ravitailler en produits de consommation après les années de disette provoquées par les sanctions internationales contre le régime de Saddam Hussein.
Selon le ministre turc du Commerce, Kursad Tuzmen, la valeur des exportations turques vers l’Irak a atteint 220 millions de dollars au cours des deux derniers mois, soit un retour à leur niveau d’avant-guerre.
Quelque 3 000 camions franchissent quotidiennement le poste frontière de Habur, seul point de passage officiel entre les deux pays, et la Turquie envisage l’ouverture d’un second poste pour tenter de désengorger le trafic.
Ironiquement pour un pays exportateur de pétrole, l’Irak doit maintenant importer de l’essence de Turquie, car elle ne dispose pas elle-même de capacités suffisantes de raffinage.
Les entrepreneurs turcs sont également sur la brèche. Le représentant en Turquie de la chaîne suisse de supermarchés Migros, Omer Bozer, rentre d’une tournée en Irak où la firme, selon le quotidien Sabah, veut s’implanter d’ici à la fin de l’année, notamment à Bagdad et dans la région kurde du nord du pays.
Le fabricant turc d’ordinateurs Escort vient pour sa part de signer un contrat de cinq millions de dollars avec des centres de formations en Irak pour la fourniture d’équipements modernes.
Dans le même temps, les commerces turcs proches de la frontière ont vu leurs affaires reprendre et il y même actuellement pénurie pour le ciment et certains produits alimentaires, selon le maire de Gaziantep, Celal Dogan.
Le supermarché Real de la ville a vu ses recettes augmenter de 70 % depuis un mois, selon un responsable, Mujdat Ozgok.
« Les clients irakiens vident leurs bas de laine et achètent télévisions, réfrigérateurs et machines à laver », relève Gunduz Ozdemir, responsable d’un magasin d’électroménager Arcelik, qui a vendu quatre fois plus d’articles en juillet comparé au même mois l’an dernier.
La relance du commerce transfrontalier a donné un coup de fouet à l’économie locale du sud-est de la Turquie, qui avait beaucoup souffert des sanctions imposées par l’Onu à l’Irak au moment de la guerre du Golfe en 1991.
Selon Ankara, ces sanctions ont coûté près de 40 milliards de dollars à la Turquie en manque à gagner.

